Avec Emmaüs, des cours gratuits pour apprendre à tenir son budget

"Le plus dur, c'est apprendre à gérer la frustration : dans un local d'une tour HLM d'Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), Simon Weiner dispense gratuitement un cours de gestion de budget familial à des participants aux ressources limitées.

"Imaginez: vous êtes en couple avec 2.000 euros de revenus mensuels. Est-ce que vous pouvez prendre un crédit à la consommation qui vous coûtera 100 euros par mois pendant 20 mois?", interroge ce grand barbu à la voix grave, qui a fondé SOS Familles Emmaüs Nanterre.

- "Oui, on peut!", assure Nassira, 67 ans, une dynamique retraitée, un grand sourire aux lèvres.

- "Toi, tu es une kamikaze", rigole l'animateur, avant de rappeler les règles d'or de la gestion de budget: "ne pas regarder les entrées d'argent mais les sorties".

Proposé pour le moment uniquement en Île-de-France, le stage, imaginé et animé par Simon Weiner, vise à aider les ménages, pour la plupart économiquement fragiles, à gérer le quotidien et prévenir le surendettement.

Il trouve un écho particulier dans un contexte de crise du pouvoir d'achat et d'augmentation du coût de la vie.

Pendant deux heures, les stagiaires planchent sur des profils de foyers fictifs, dont ils doivent équilibrer le budget.

Dans un tableau, ils renseignent les arrivées d'argent : salaire, prestations familiales, pensions alimentaires, etc. Du côté des dépenses, ils indiquent le loyer, la facture d'électricité, le téléphone, la cantine des enfants.

Le but est de déterminer le reste à vivre : la somme disponible une fois réglées les charges fixes et incompressibles.

"Surtout quand on a un souci de loyer, il ne faut pas faire de crédit", intervient Danièle, 70 ans. "Je sais ce que c'est pour l'avoir pratiqué", ajoute-t-elle.

-"Manger ou payer le loyer"-

En 1990, sa famille a échappé de peu à une expulsion. Son mari, au chômage, et elle, bénéficiaire d'une pension d'invalidité, ne s'en sortaient plus avec leurs cinq enfants à charge. "Il fallait choisir entre manger ou payer le loyer. On a choisi de manger", raconte Danièle. "On a fait des prêts qu'on ne pouvait plus rembourser. C'était un engrenage", se souvient-elle.

"C'est important de savoir gérer son budget mais aussi d'appeler à l'aide quand on n'y arrive plus", insiste la grand-mère, aujourd'hui écrivaine publique bénévole.

Téléphone à la main, Simon Weiner montre aux participants les applications Pilote Budget et Pilote Dépenses, qu'il a lui-même développées. En quelques clics, elles permettent de suivre les revenus et les dépenses du foyer.

"Oh moi je préfère noter dans mon cahier", lui rétorque Danièle, qui ne veut "rien avoir à faire avec internet". À ses côtés, Chantal, ancienne aide à domicile, acquiesce.

"Mais avec ça, vous savez tout de suite où il passe votre pognon!", insiste M. Weiner, bien que convaincu qu'il ne parviendra pas à faire changer d'avis ces stagiaires récalcitrantes.

"Il faut surtout éviter de tomber dans le surendettement", poursuit M. Weiner, soulignant que celui-ci est fréquemment lié à la souscription de crédits à la consommation.

"Quand on a envie d'acheter mais qu'on n'a pas les sous. D'abord on est raisonnable. Une fois, deux fois, trois fois... et puis la frustration est trop forte, on s'emballe la quatrième fois et on achète n'importe quoi", explique-t-il. "Pour une raison très simple, c'est qu'au bout d'un moment, ce n'est pas ce qu'on achète qui a de l'importance, c'est le fait de pouvoir acheter comme tout le monde, de faire partie de cette société de consommation".

Son conseil: mettre quelques euros de côté régulièrement pour se constituer une somme "à craquage". "Quand il s'agit de vos économies, vous réfléchissez davantage avant de dépenser que lorsqu'il s'agit d'un crédit à la consommation", avertit Simon Weiner.

Convaincue par la démonstration, Nassira assure qu'elle va en parler à sa fille "un peu panier percé!"