Avec des bus de socio-esthétique, aider des femmes à reconstruire leur estime de soi

Conseils de beauté, gommage, automassage... Dans un salon de beauté itinérant teinte vanille fraise, stationné à Lille, ces gestes deviennent un outil de reconstruction pour des femmes fragilisées par un burn-out, des violences ou la maladie.

Profitant de la fraîcheur du véhicule climatisé, chacune s'installe derrière une tablette et un miroir avant d'enfiler une charlotte sur ses cheveux. Sous un néon violet, la séance débute par un nettoyage de la peau, guidé par les conseils de la socio-esthéticienne Eloïse Dubois.

"Je n'aime pas me démaquiller", signale rapidement l'une des huit participantes. Car le maquillage, "cela me sert d'armure", explique-t-elle à la professionnelle qui l'interroge.

Eloïse Dubois en profite pour donner aux bénéficiaires quelques conseils de cosmétiques à fabriquer chez soi, pour éviter des dépenses: pour un gommage fait maison, une cuillère à café de sucre, une cuillère à café d'huile végétale.

Après le gommage, vient l'heure de l'automassage : l'esthéticienne montre les gestes, les participantes les reproduisent. A l'issue de l'atelier, les visages ont rosi sous la pression des mains, les traits semblent détendus.

Véronique, quinquagénaire, a été hospitalisée pendant neuf mois après un burn-out. "Je ne prends pas soin de moi, je suis toujours à l'écoute des autres", dit-elle à la fin de la séance. Soutenue depuis un an par l'association nordiste Aportéed'elles, qui accompagne des femmes ayant traversé des épreuves, elle estime que ce suivi lui a permis de reprendre pied : "J'avais perdu toute confiance en moi."

Eloïse Dubois souligne qu'"il n'y a pas de jugement dans ces bulles". Les femmes qui viennent "découvrent qu'elles peuvent se faire du bien, s'apporter de la douceur et de la bienveillance." Un aspect important pour des personnes ayant subi des violences ou traversé une maladie, fait-elle valoir.

- Estime de soi et lien social -

Le bus - une initiative de la fondation L'Oréal -, propose ses services à 240 partenaires (associations, structures d'hébergement, centres sociaux) à travers la France. Lancé en 2019, il a déjà accueilli 10.000 femmes. Avec un deuxième véhicule mis en circulation cette année, la Fondation espère en accompagner 5.000 supplémentaires en 2026, entre juin et décembre.

Apparue en France dans les années 1970 pour apporter des soins de confort aux malades, la socio-esthétique s'adresse aux publics touchés par la maladie, les violences ou la précarité. Au-delà des soins, elle vise à restaurer l'estime de soi et à favoriser le lien social. La pratique est réservée à des professionnels diplômés en esthétique-cosmétique ayant suivi une formation complémentaire en socio-esthétique.

D'autres initiatives de ce type existent en France, comme celle de l'association Princ'ESS. L'association, qui a mis en place l'Autre institut de beauté à Bordeaux, un institut où des femmes éloignées de l'emploi retrouvent un cadre de travail, a aussi lancé un "beauty truck" solidaire pour les personnes en situation de vulnérabilité, qui circule à travers la Gironde.

A bord, une socio-esthéticienne, qui accompagne environ 80 à 90 personnes par mois, explique Sophie Bonnet, la directrice. Le beauty truck travaille avec diverses structures, Ehpad, maisons relais, et même avec l'aide sociale à l'enfance.

Dans ce cas, il s'agit de "créer un projet autour de la parentalité et du lien parent-enfant", décrit Sophie Bonnet, avec notamment "des ateliers où enfant et parent partagent un temps tous les deux, par exemple de l'automassage. Il y a la notion de toucher, de connexion", décrit-elle, évoquant des publics très divers, comme les personnes sans domicile fixe.

"Les personnes à la rue, on dit que ce sont des invisibles. Le fait de leur porter de l'attention, de les toucher, de les masser (...), ça crée un sentiment d'existence. Et ça n'a pas de prix".

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