Avant la COP31, l'été caniculaire pousse la jeunesse française à se mobiliser pour le climat

"En banlieue, on ne se sent pas vraiment concerné" par les débats sur le changement climatique, admet Aniss, 17 ans. Mais cinq canicules en quatre mois ont convaincu ce lycéen de Sarcelles (Val-d'Oise) de participer à une COP des jeunes à Marseille et faire entendre ses revendications en amont de la COP31 en Turquie.

Aniss y a appris un terme dont il a fait son mot d'ordre : "justice climatique". Car cet été, "je faisais des techniques avec des pois chiches congelés sur mon ventilateur alors que les +riches+ avaient la clim", explique-t-il à l'AFP.

L'été caniculaire a marqué les débats à l'édition 2026 de la LCOY ("conférence nationale de la jeunesse"), sorte de COP des jeunes annuelle, à l'initiative des Nations unies, où est élaboré un plaidoyer de la jeunesse française qui sera présenté à la réunion internationale sur le climat.

"Beaucoup de jeunes partent de leur vécu, vraiment intrinsèque du changement climatique", salue Anna Biausque, Réunionnaise de 25 ans qui représentera la jeunesse dans la délégation française à la COP31.

Après 50 heures de train - pas question de polluer inutilement en prenant l'avion - elle rejoindra en novembre Antalya (Turquie) avec comme mission de "faire en sorte que les jeunes qui ont fait ce plaidoyer aient tous les espaces et les moyens pour le porter".

Pour rédiger le document, plus d'une centaine d'adolescents et jeunes adultes se sont réunis samedi et dimanche à l'Estaque, au nord de la cité phocéenne.

-36°C-

Jusqu'ici, lors des éditions qui se tenaient à Paris, "c'était que des jeunes issus de milieux hyper privilégiés", relate Yasmine Lamsidfa, coprésidente de l'association CliMates qui coorganise l'événement avec l'association JAC.

Cette année à Marseille, les jeunes des quartiers nord, de la banlieue parisienne, et des grandes villes hors Paris ont répondu présent. Et pour certains, la chaleur de cet été a été une motivation.

Parmi les nouveaux initiés, Melvin, un ami d'Aniss. Il ne s'intéressait que "très vite fait" aux questions écologiques, mais l'été a été un tournant. "On devait réviser le bac de français sous la chaleur, c'était impossible", raconte-t-il à l'AFP.

Vinicius Alves Faria, 26 ans, vit dans la Cité universitaire internationale de Paris. Arrivé du Brésil il y a un an, il estime que les canicules en France ont été "la pire expérience de (sa) vie. Et pourtant, je viens d'un pays chaud !"

Et alors que, samedi midi, les participants se divisent en groupes pour explorer différents axes thématiques, le mercure bat à nouveau des records pour un mois de septembre : il fait 36°C.

De quoi alimenter l'imagination des jeunes qui, dans la petite bibliothèque du centre social de l'Estaque, planchent sur l'adaptation à un réchauffement planétaire qui atteindrait 4°C d'ici à 2100.

-"Idées en tête"-

Au même moment, dans le réfectoire où on se ventile comme on peut, un groupe discute de la façon de permettre à chacun de s'emparer des enjeux écologiques. "Il y a clairement des inégalités, parce que nous, on n'y a jamais été sensibilisés à l'école", fait remarquer Thamia, 18 ans.

Les débats en groupes mènent, dimanche matin, à la rédaction de revendications. Celles-ci sont restituées en plénière après le déjeuner, entièrement vegan, avec en dessert des muffins au chocolat et aux courgettes râpées qui remplacent les oeufs.

Pour le théma "Transition juste", un participant déguisé en juge, sac poubelle comme robe et essuie-tout comme rabat, appelle à la "barre" Himaia, 17 ans, qui se lance : "votre honneur, nous exigeons une adaptation des logements liés aux risques climatiques"... comme la chaleur.

La cour, soit le public, valide la proposition dans un tonnerre d'applaudissements, tout comme le reste des propositions des différents groupes.

Le plaidoyer final, auquel s'ajouteront des contributions venues de Guyane et de la Réunion, sera présenté à Antalya avec fierté, espoir mais aussi pragmatisme. "Ce sont des milieux qui sont très institutionnels, très fermés", concède Anna Biausque.

Mais "le but ultime, c'est que tous ces jeunes ressortent au moins avec des idées en tête à mettre en place par la suite", estime Yasmine Lamsidfa.

"Il faut absolument que (les quartiers populaires) prennent le problème à bras le corps, parce qu'on est les plus touchés", insiste Yassin Alamy, président de Marseille Justice Climat.

De retour à Sarcelles, Melvin sensibilisera sa famille aux comportements respectueux de l'environnement. "Après, je trouve qu'on ne consomme pas le plus chez nous, mais on peut quand même toujours diminuer le plus possible."