Fraîcheur pour certains, chaleur étouffante pour d'autres: selon qu'ils soient propriétaires, étudiants ou locataires, les habitants du village olympique de Paris-2024, les plus récents immeubles de Saint-Denis, ne traversent pas la vague caniculaire avec le même confort.
Par 40°C à l'ombre, Saad Alami, 26 ans, est pourtant descendu au pied de sa résidence étudiante pour se rafraîchir.
Au huitième étage de la toute nouvelle tour, son studio est orienté plein sud. Bien que le volet de l'unique fenêtre du logement soit fermé, la chaleur est suffocante, a pu constater une journaliste de l'AFP.
"J'ai acheté un ventilateur il y a deux jours mais ça ne rafraîchit rien", soupire l'étudiant en management en finissant une cigarette dans la rue.
Installé à Saint-Denis depuis l'automne après avoir grandi près du bassin d'Arcachon, il dit ne "pas avoir imaginé vivre ça".
- Refroidissement par le sol -
A quelques mètres seulement, l'expérience d'habiter en quartier "Héritage Jeux olympiques" est radicalement différente.
Croisée dans la rue déserte sous un soleil de plomb, Tiphaine, qui n'a pas souhaité donner son nom, évoque le "frais" de l'appartement qu'elle a acheté en couple, dans un bâtiment au bout de l'allée.
La différence tient à un équipement : "Le refroidissement par le sol, mis en service il y a une petite semaine", précise la jeune femme de 28 ans.
Résultat de cette technologie issue de la géothermie: au sixième étage et malgré un ensoleillement direct, il fait "25, 26°C au max", sourit Thiphaine ravie de son appartement avec vue sur Seine.
L'architecte d'intérieur explique néanmoins "faire attention : on laisse les volets fermés, on ferme pour ne pas faire entrer la chaleur".
Même constat chez Alan, 36 ans, qui a emménagé le mois dernier dans l'immeuble voisin. Cette technologie n'est "pas magique non plus", tempère le primo-accédant, "mais oui, on sent que le sol est bien frais : c'est appréciable".
Sacs de courses en main, le front couvert de sueur, Linda rêverait de voir la température passer sous la barre des 30°C dans son appartement.
Dans son logement social, cette femme de 39 ans préférant également taire son nom de famille, s'en remet aux ventilateurs pour parvenir à faire dormir ses enfants la nuit.
"Dès 6H00 du matin, je dois fermer tout pour que la fraîcheur tienne au moins jusqu'à midi", se désole l'employée de crèche, locataire de Plaine Commune Habitat.
Elle ignorait que son appartement était équipé du même système de refroidissement que ses voisins propriétaires.
- Système coupé en parc social-
Dans cet emblématique quartier où des milliers d'athlètes ont été hébergés pendant les Jeux olympiques en 2024, Plaine Commune Habitat possède près de 300 logements.
En annonçant la remise des clés, en novembre, le bailleur social se targuait du "modèle d'excellence environnementale" de l'ensemble résidentiel avec notamment le "raccordement aux réseaux de chaleur et de froid urbains".
En réalité, dans les immeubles du parc locatif, ce système de rafraîchissement collectif a été éteint au printemps.
"Tout est coupé", indique un gardien à l'AFP. "A la base, chaque locataire avait son thermostat mais ça a été centralisé car la consommation de chauffage était dingue" cet hiver, ajoute l'employé souhaitant garder l'anonymat.
Il sait parfaitement combien les locataires ont chaud dans les étages mais l'employé de Plaine Commune Habitat s'affole: "Vous imaginez les charges si les gens mettaient la clim'? Déjà que c'est très cher", glisse-t-il.
Présidente de ce bailleur depuis le 2 juin, Sofia Boutrih "découvre avec étonnement la situation".
Dans son message écrit envoyé mercredi à l'AFP, l'élue communiste déplore le choix de "l'ancienne gouvernance (socialiste) de ne pas actionner ce système", précisant qu'il n'y aurait eu "aucune concertation avec les locataires".
Si la majorité d'entre eux le décident, lors d'une consultation tenue "dans les plus brefs délais", le dispositif de refroidissement par le sol sera activé, ajoute-t-elle.
La présidente de Plaine Commune Habitat souligne que "la mise en place de ce système entraînera malheureusement une hausse des charges à payer par les locataires".