Au Sommet de l'élevage, la pluie plus attendue que les promesses politiques

Entre les concours de charolaises et de limousines, plusieurs candidats à la présidentielle défileront au Sommet de l'élevage qui s'ouvre mardi en Auvergne, pour courtiser des agriculteurs désabusés par un début d'automne aussi sec que l'été.

La ministre de l'Agriculture Annie Genevard est attendue de pied ferme mardi car, si Sébastien Lecornu a demandé à ses ministres d'annuler leurs déplacements face à la colère des lycéens, celle des éleveurs pourrait se réveiller à l'automne, une fois les grands travaux agricoles terminés.

"Les trésoreries tiennent à rien" et les agriculteurs ne veulent pas "des miettes", a déclaré Marie-Laurence Michallet, secrétaire générale des Jeunes agriculteurs (JA) d'Auvergne-Rhône-Alpes lors d'une conférence de presse.

Après un été catastrophique pour l'agriculture, le gouvernement a débloqué plus d'un milliard d'euros d'aides d'urgence, promettant un "plan de rebond" pour l'adaptation à plus long terme du secteur dans le budget 2027.

Mais le texte budgétaire présenté jeudi a suscité l'ire de l'ensemble des syndicats agricoles. Si l'agriculture est relativement préservée, ils estiment que la crise nécessitait bien plus de moyens que l'an dernier et comptent faire pression sur les parlementaires.

"Les attentes sont fortes", a prévenu David Chauve, président de la FRSEA Auvergne-Rhône-Alpes, section régionale du syndicat agricole dominant (FNSEA).

Le Massif central, terre d'élevage extensif où se déroule le sommet, est "pleinement frappé par ce qu'on vit cette année en matière de sécheresse" : cela "met les exploitations en difficulté et impacte la vie des animaux", a-t-il ajouté.

- "On attend de voir" -

Face au manque de pluie, la pousse des prairies est quasiment à l'arrêt depuis la fin du printemps et les bêtes ont entamé les stocks d'hiver. Les éleveurs qui espéraient une dernière pousse d'automne sont encore dans l'attente et nombre d'entre eux ont dû redescendre leurs troupeaux plus tôt que prévu des alpages, qui manquent d'herbe.

L'automne "ne va pas ramener de fourrage", craint Patrick Bénézit, président de la FNB (fédération nationale bovine, FNSEA), qui demande inlassablement une révision de l'indice prairie, calculé à partir d'images satellite pour estimer les pertes de récoltes.

Ces pertes doivent être indemnisées par l'assurance récolte ou l'indemnité de solidarité nationale (ISN) mais les éleveurs affirment que l'indice est déconnecté des pertes constatées sur le terrain, estimées à plusieurs milliards d'euros.

Côté candidats à la présidentielle, la cheffe du RN Marine Le Pen fera le déplacement mercredi à Cournon d'Auvergne (Puy-de-Dôme) en même temps que Nicolas Dupont-Aignan (Debout la République), Eric Zemmour (Reconquête) et Xavier Bertrand (LR).

Gabriel Attal (Renaissance) est attendu jeudi ou vendredi. Fabien Roussel (PCF) se rendra sur le sommet jeudi, la veille du déplacement d'Edouard Philippe (Horizons) mais "les dates et les déplacements sont mouvants", selon les organisateurs.

"On sait qu'ils seront globalement tous d'accord avec nous", confient à l'AFP plusieurs responsables agricoles.

Habitués à voir les candidats défiler jusqu'au Salon de l'agriculture, traditionnel temps fort des campagnes politiques, tous affirment "attendre de voir" ce qu'ils obtiendront après les élections.

- Embouteillage de textes -

Les organisateurs tablent sur 120.000 visiteurs pour l'événement qui accueille 1.800 exposants et 2.000 animaux de 70 races.

Après une édition 2025 ternie par la dermatose bovine, qui avait privé le salon de vaches, ce sont les problèmes de fourrage qui "perturbent l'état d'esprit des éleveurs", souligne Jacques Chazalet, président du Sommet de l'élevage.

Référence pour le machinisme agricole, le sommet, surtout destiné aux professionnels, abritera cette année une agora de la santé animale, avec l'ensemble des acteurs de la filière : vétérinaires, exposants, Etat.

Dernière occasion pour eux de se rassembler avant la conclusion des Assises du sanitaire, prévue mi-octobre. Cette grande réflexion lancée il y a plus d'un an et demi doit aboutir à des ordonnances (autorisées par la loi d'urgence agricole) pour réformer la gestion des crises sanitaires en France.

Mais le gouvernement fait face à un embouteillage de textes à publier avant la fin du mandat ou une éventuelle censure.

S'il espère publier les décrets sur la prédation du loup en décembre, l'ordonnance pour réformer l'autorisation environnementale des bâtiments d'élevage pourrait prendre plus de temps, selon les filières concernées.