Au moins 10 mds EUR d'investissements pour remettre à niveau les stations d'épuration, selon les professionnels

La modernisation des stations françaises de traitement des eaux usées coûtera au moins 10 milliards d'euros d'investissements sur les vingt prochaines années, compte tenu des nouvelles normes européennes, plus protectrices de l'environnement et de la santé, selon une étude des professionnels du secteur publiée jeudi.

La nouvelle mouture de la directive européenne "ERU" (pour eaux résiduaires urbaines), dite "Deru 2", qui vise à améliorer le traitement des eaux usées avant leur rejet dans la nature, publiée en décembre 2024, sera transposée en France au plus tard le 31 juillet 2027.

L'élimination des micropolluants constitue la principale avancée de cette nouvelle réglementation, qui prévoit également un traitement renforcé de l'azote et du phosphore, ainsi que la neutralité énergétique des stations.

Des enjeux cruciaux "dans un contexte hydrologique de plus en plus contraint - baisse des débits des cours d'eau, concentration accrue des polluants" - pour protéger les milieux et la santé humaine, souligne le syndicat national des entreprises du traitement de l'eau (Synteau).

"Cela représente un investissement global de 10 milliards d'euros entre 2027 et 2045 pour mettre à jour" les plus grandes stations d'épuration, qui couvrent trois quarts de la population française, a déclaré Sandra Andreu, vice-présidente du Synteau, lors d'une présentation de cette étude à la presse.

Dans le détail, la mise à niveau du traitement de l'azote et du phosphore représenterait 3,5 milliards d'euros d'investissements, qui permettraient "d'éviter l'eutrophisation des cours d'eau", un apport excessif de nutriments et une prolifération d'algues menaçant les écosystèmes, selon Mme Andreu.

Le traitement des micropolluants pèserait pour sa part 5 milliards d'euros dans l'équation, financés à 80% selon le principe pollueur-payeur par les industries cosmétique et pharmaceutique, principalement pointées du doigt par Bruxelles.

Enfin, la neutralité énergétique, "c'est 1,5 milliard d'euros en cumulant tout ce qui est méthanisation, photovoltaïque et récupération de chaleur". Un objectif "très ambitieux pour la France, parce qu'on part de loin", avec actuellement 24% d'autonomie énergétique en moyenne, rappelle Mme Andreu. Le minimum requis par Bruxelles est de 65%.

Le Synteau souligne "la nécessité de clarifier les règles du jeu" au plus vite, "pour permettre aux collectivités de planifier les travaux sans attendre": "l'important volume de projets attendu, s'ajoutant à celui du renouvellement des stations arrivées +en fin de vie+ (45% du parc aura plus de 30 ans en 2035), se traduira par une forte vague de travaux à l'horizon 2036-2042", souligne l'étude.