Depuis le début de la vague de chaleur, le rituel se répète: en fin d'après-midi, des jeunes viennent piquer une tête dans le canal Saint-Martin à Paris, une pratique qui n'est pas sans danger et que la police a interdite.
Ils sont une petite centaine à 16 heures vendredi, pour la plupart postés sur une passerelle de laquelle ils sautent à plusieurs. Chaque "plouf" éclabousse les passants et brave l'interdiction de baignade dans "l'ensemble des cours d'eau de Paris intra-muros", qu'a rappelée la Préfecture de police sur X mardi.
Peu importe pour Yoshua, 16 ans, déjà ruisselant mais qui remonte sur la passerelle pour un autre tour.
Il a tout de même conscience que la qualité de l'eau n'est pas garantie. "Si je me douche après chez moi, c'est bon", lâche-t-il cependant de manière nonchalante, avant de s'élancer pour un plongeon.
- Ambiance -
En contrebas, assises sur les quais, Chloé, Adriana et Constance, collégiennes d'Asnières-sur-Seine (Hauts-de-Seine), sèchent au soleil après avoir "séché les cours" pour faire trempette avec leurs amis Elliot et Paul.
Point fort du canal Saint-Martin, pour elles: l'ambiance. "On met de la musique, et il y a souvent des gens qu'on revoit chaque jour, ça motive" pour faire le premier plongeon, décrit Chloé à l'AFP.
Pourtant, la mairie insiste: "Il est très dangereux de se baigner dans les canaux", rappelle Antoine Guillou, adjoint chargé de l'Axe Seine.
"Le principal danger, c'est la navigation, avec le passage des bateaux et les ouvertures des écluses", explique-t-il à l'AFP, citant également les "objets dangereux" qui tapissent le fond du canal, ou encore les algues qui peuvent s'enrouler autour des pieds des baigneurs.
Quelques mètres en amont des plongeurs, deux policiers montent la garde. La présence policière est moindre que les journées précédentes: les deux agents précisent à l'AFP que les effectifs sont réduits en amont d'un samedi soir chargé, marqué notamment par la finale de Ligue des champions.
Alors quand les chats ne sont pas là, les souris se baignent. "La (police) nationale, ils ont commencé à rigoler quand on forçait (à sauter du pont), et ils nous ont laissé faire", raconte Gabriel, 14 ans, avant d'être interrompu par le bruit d'une grenade de désencerclement.
De quoi raviver les souvenirs de la veille pour les jeunes, dont certains - mais pas tous - commencent déjà à fuir les lieux.
- "La plus mortelle d'Europe" -
"Ils m'ont mis les menottes et ils m'ont mis en garde à vue (pendant) huit heures", témoigne Elliot, tandis que Constance dit avoir échappé à une interpellation grâce à l'intervention de sa mère.
La préfecture de police n'a pas répondu aux sollicitations de l'AFP, notamment sur le nombre d'interpellations réalisées.
"Ces jeunes ne font de mal à personne. Je pense que la police à autre chose à faire, et devrait se concentrer sur d'autres types de délinquance", commente Roser, retraitée barcelonaise de visite à Paris qui, avec ses deux amis, observe depuis un banc avec curiosité et envie la noria des plongeons dans le canal.
"La mairie de Paris devrait faire quelque chose pour que l'eau soit propre et qu'on puisse s'y baigner parce que ce lieu est formidable", adoube son compère, Miqui, ajoutant: "Si j'étais jeune, je viendrais de Barcelone chaque weekend me baigner ici !".
Le contrôle de la qualité de l'eau, ainsi que la surveillance des baignades, ne seront mis en oeuvre qu'à l'ouverture de la saison de baignade sur la Seine et dans les canaux, d'ici l'été, souligne Antoine Guillou.
La mairie réfléchit toutefois à long terme à une ouverture anticipée. "C'est une question de temps, mais c'est une évidence", estime auprès de l'AFP Alice Timsit, adjointe chargée du plan climat.
"La question, c'est de garantir le droit à la fraîcheur dans cette ville qui est la plus mortelle d'Europe en cas de canicule", fait valoir l'élue écologiste.
L'été dernier, l'ouverture à la baignade au public dans trois sites de la Seine à Paris, après un siècle d'interdiction, avait attiré plus de 100.000 visiteurs.
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