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Atteindre le sommet de l'entreprise: un parcours semé d'embûches pour les femmes

L'éviction d'Engie d'Isabelle Kocher, seule femme dirigeante exécutive d'un groupe du CAC 40, illustre la difficulté pour les femmes à accéder aux plus hautes sphères des entreprises françaises.

On dénombre aujourd'hui 44% de femmes dans les conseils d'administration des grandes entreprises, contre 10% en 2009, selon des chiffres cités par un rapport du Haut conseil à l'égalité femmes-hommes (HCE), publié en décembre.

A l'origine de cette nette amélioration: la loi Copé-Zimmermann (2011) qui a imposé un quota de 40% de femmes dans cet organe de décision donnant les grandes inflexions stratégiques d'un groupe.

"Cela démontre qu'on trouve des femmes compétentes quand on cherche, que toutes les excuses évoquées auparavant - qu'elles ne sont pas présentes dans tel secteur, qu'elles ne sont pas intéressées - sont fausses", commente auprès de l'AFP Dominique Druon, présidente d'Aliath, un cabinet de conseil en gouvernance et recrutement d'administratrices et d'administrateurs.

Mais cette évolution des conseils d'administration vers plus de mixité est loin de refléter la situation générale des sommets des entreprises.

En l'absence d'obligation légale, le taux de féminisation des comités exécutifs, chargés du pilotage au quotidien des entreprises, n'est passé que de 7% à 18% sur la même période.

"La loi Copé-Zimmermann a été efficace, je pense qu'il faut trouver une solution tout aussi efficace pour les comités exécutifs et les comités de direction", a estimé mercredi lors d'une conférence de presse le ministre de l'Economie Bruno Le Maire.

- Contrôle insuffisant -

"Pas de quotas, pas de résultats", relève de son côté le Haut conseil à l'égalité, qui recommande d'étendre la loi aux autres instances de direction, tout en nuançant son impact. En dehors des grandes entreprises cotées en Bourse, astreintes à une plus grande transparence, la réalité est "nettement moins positive, lorsqu'il est possible d'avoir des informations", souligne-t-il.

"La loi est efficace pour les groupes cotés et visibles des médias, mais la réalité c'est qu'elle n'est pas appliquée partout où elle devrait l'être et les sanctions prévues non plus", décrypte Mme Druon, qui plaide pour la création d'un organisme de contrôle.

Certaines sociétés ignorent l'existence de la règle, d'autres pensent ne pas être concernées mais il y a aussi parfois "des résistances".

"Pour arriver à 40% de femmes on n'agrandit pas les conseils, il faut ne pas renouveler des messieurs. Ce sont des personnes qui ont les codes, avec qui on a l'habitude de travailler, à qui on n'a rien à reprocher donc c'est compliqué", explique Mme Druon. Elle-même a été pendant 15 ans la seule femme membre du comité exécutif d'une grande entreprise, une configuration dont elle a "beaucoup souffert".

Des contre-exemples abondent au niveau mondial: General Motors, IBM ou encore Lockheed Martin sont ainsi dirigés par des femmes, selon la liste annuelle des 500 plus grosses entreprises américaines du magazine Fortune. Mais seules 36 sociétés sur cette liste ont une femme à leur tête, témoin d'une tendance lourde.

- Analyser les critères d'évolution -

"Les entreprises ont un héritage sociologique, le pouvoir au masculin est un stéréotype intériorisé par la société dans son ensemble, mais on ne doit pas pour autant rester les bras croisés", déclare à l'AFP Dominique Carlac'h, co-présidente de la commission Nouvelles responsabilités entrepreneuriales de l'organisation patronale Medef.

"Pour accélérer le changement, on préconise que les entreprises se donnent des objectifs de parité approuvés par leur conseil d'administration et dont les dirigeants rendent compte", précise-t-elle, une méthode également appliquée par l'organisation patronale.

Autre barrière à la féminisation: certaines règles pour accéder aux postes de direction peuvent être défavorables aux femmes.

"Pour accéder au comité exécutif, des entreprises exigent que la personne ait travaillé dans au moins deux pays, or les femmes sont parfois moins enclines à partir à l'étranger ou on ne leur propose pas ce genre de poste en pensant qu'elles vont refuser car elles ne demanderont pas à leur conjoint de démissionner pour les suivre", décrit à l'AFP Anne-Sophie Panseri, présidente de l'association Femmes chefs d'entreprises France.

Accélérer la féminisation des plus hautes instances dirigeantes est pourtant dans l'intérêt de l'entreprise elle-même. "Les études montrent que les groupes qui ont vraiment réfléchi à leur gouvernance ont d'excellents résultats", souligne Mme Panseri.

vac/tq/soe/eb

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