Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a adopté mercredi une résolution appelant la France à asseoir son influence diplomatique en Asie-Pacifique grâce à l'expertise de ses territoires ultramarins, tout en dénonçant la précarité des financements alloués.
Dans cette résolution, l'institution fixe un cap stratégique en vue du XXe Sommet de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Prévu à la mi-novembre à Phnom Penh (Cambodge), l'événement "offre une tribune inédite pour les collectivités françaises du Pacifique", souligne le CESE par la voix de sa co-rapporteure, Sabine Roux de Bézieux.
L'enjeu s'avère crucial dans cet immense bassin Asie-Pacifique, "presque exclusivement anglophone" et confronté à une présence chinoise "de plus en plus dominante", note la résolution. La part des locuteurs francophones y plafonne à 0,3% de la population, indique le document.
À l'échelle mondiale, l'Observatoire de la langue française recense 396 millions de francophones.
Dans ce contexte asymétrique, les collectivités du Pacifique jouent un rôle diplomatique central. Sabine Roux de Bézieux estime dans le rapport que "la valeur ajoutée des territoires ultramarins réside précisément dans leur capacité à mettre en relation la France, l'espace francophone et les sociétés insulaires".
- Sentinelles climatiques -
Cette diplomatie s'appuie également sur une vulnérabilité partagée. "L'exposition au risque climatique est une autre spécificité commune des Outre-mer, partagée avec de nombreux membres de l'OIF", constate le CESE, une assemblée consultative. Le passage destructeur du cyclone Chido sur Mayotte, fin 2024, l'a dramatiquement illustré, rappelle la résolution.
Face au dérèglement climatique, la seconde co-rapporteure Caroline Donge valorise ce savoir-faire : "Les expériences acquises en matière de prévention, d'adaptation et de reconstruction peuvent constituer un socle de coopération avec les autres territoires de l'espace francophone confrontés à des défis similaires", affirme-t-elle.
Au-delà du climat, le CESE défend le dynamisme des sociétés civiles. Le texte institutionnel rappelle que 54 langues ultramarines figurent parmi les 75 "langues de France" reconnues.
Afin de fluidifier ces échanges, Caroline Donge insiste sur la dimension humaine des coopérations : "La Francophonie ne constitue pas seulement un espace de coopération entre États. Elle est également un espace de citoyenneté, d'engagement associatif, de dialogue entre les peuples et de participation démocratique", analyse-t-elle.
- Tensions budgétaires -
Cette ambition diplomatique exige cependant des ressources pérennes. L'État s'appuyant largement sur les associations locales, Sabine Roux de Bézieux alerte sur un système administratif épuisant : "Aucune coopération durable ne peut reposer sur des appels à projets annuels qui épuisent les petites structures et découragent les bénévoles", fustige-t-elle auprès de l'AFP.
Cette demande se heurte aux contraintes budgétaires actuelles. L'action de coopération multilatérale du budget de l'État, finançant notamment l'OIF, voit ses crédits s'effondrer.
Selon les rapports parlementaires sur le budget 2026, ils chutent de 237,1 millions d'euros en 2025 à 60,5 millions en 2026.
Un paradoxe dénoncé en commission par le sénateur Adel Ziane : "Il y a une contradiction entre les ambitions affichées et le peu de moyens mis en oeuvre par l'État".
Parallèlement, le soutien financier aux opérateurs de la francophonie, dont l'Agence universitaire de la Francophonie (AUF), a chuté d'environ 70 %, selon les chiffres du gouvernement.
Si la France verse bien sa cotisation obligatoire de 15,59 millions d'euros à l'OIF, l'organisation reste sous tension.
Selon ses documents financiers, son budget 2026 (71,73 millions d'euros) ne s'équilibre que grâce à une ponction de 8,83 millions sur ses réserves. Une équation fragilisée par le départ, en mars 2025, du Mali, du Burkina Faso et du Niger, qui ont dénoncé une "application sélective des sanctions" après leur suspension de l'OIF à la suite de leurs coups d'État militaires.