Artificialisation des sols: des étudiants agriculteurs plantent un futur chantier en protestation

Des pommes de terre plutôt que du béton: des étudiants en ingénierie agricole d'AgroParisTech se sont introduits vendredi sur un terrain inoccupé du plateau de Saclay (Essonne), promis à la construction, pour cultiver la terre en signe de protestation contre l'artificialisation des sols.

Les étudiants de la prestigieuse école ont aidé un tracteur à s'introduire sur le site, faisant fi d'un permis de construire pour un bâtiment de l'agence de contrôle aérien Eurocontrôle.

Très vite, avec l'aide de militants, ils retournent la terre et s'affairent autour d'une petite parcelle.

Etudiants, membres des Soulèvements de la Terre, agriculteurs de la Confédération paysanne et chercheurs de Sud-Recherche: une trentaine de personnes étaient présentes en milieu d'après-midi.

"Pour nous, c'est vraiment un crève-coeur de voir des grosses entreprises s'accaparer les terres qui peuvent être nos nourricières et dont on a besoin pour manger, surtout en ville", explique Capucine.

Cette étudiante de 20 ans en première année à AgroParisTech, qui comme les autres étudiants interrogés a souhaité utiliser un prénom d'emprunt, vient d'une famille d'agriculteurs en Auvergne.

- Fermes "reléguées" -

Elle trouve son école "un peu hors-sol parce qu'on ne voit pas trop la réalité de la ferme. Mais par contre, on voit qu'il y a des fermes sur le plateau qui sont un peu reléguées à ce qui leur reste".

En France, la surface de sols naturels, agricoles et forestiers diminue de 24.000 hectares par an, soit l'équivalent de cinq terrains de foot par heure, selon des données gouvernementales datant de 2025.

En 2021, l'objectif pour 2050 de "zéro artificialisation nette" (ZAN) des sols a été voté: chaque nouvel hectare bétonné doit être compensé.

Mais alors qu'un assouplissement de cette mesure a été retoqué par le Conseil constitutionnel jeudi, les constructions du plateau de Saclay inquiètent les étudiants futurs agriculteurs.

Le site, qui était encore principalement agricole au début du XXIe siècle, a été choisi en 2006 pour développer un campus, où CentraleSupélec et l'université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines côtoient AgroParisTech.

Des entreprises se sont également installées.

"Il y a des fermes un peu partout, mais qui sont entourées de bâtiments de nouvelles écoles", déplore Anis, 23 ans, en première année de master.

- Autonomie alimentaire -

"C'est plein de bureaux vides", estime Nils, maraîcher dans les Yvelines depuis cinq ans et membre de la Confédération paysanne, venu avec son tracteur pour aider les étudiants.

"C'est un peu tard pour les pommes de terre, mais c'est pour le symbole, c'est la plante nourrissante par excellence", sourit-il.

Il est venu en soutien aux étudiants car face à des "décisions qui sont complètement anachroniques par rapport aux enjeux écologiques de demain, on ne peut que se mobiliser", selon lui.

"En Île-de-France, on est très, très peu autonome sur le plan alimentaire", abonde Simon, qui finit ses études à AgroParisTech.

"C'est pas cohérent, en fait, si on veut rester souverain et autonome sur le plan alimentaire, de continuer de bétonner les sols", ajoute-t-il.

Pour toutes les personnes présentes, l'action du jour est "symbolique": seule une petite partie de l'espace a été plantée.

"Je compte rester ce soir au moins, après, on verra", évacue Simon.