Après l'enfer de l'été 2026 et ses épisodes de canicules à répétition, tous les acteurs du logement ont pris conscience de l'urgence d'adapter l'habitat aux fortes chaleurs, mais pour les bailleurs sociaux, réunis en congrès à Bordeaux, la tâche est colossale.
Dans une France de 2050, qui "a pris 2,7°C, avec des pointes à 50°C durant l'été qui ne sont plus une exception, une partie du parc de logement est devenue inhabitable", a prévenu, pour planter le décor d'un futur proche, Benoît Gandon, directeur territorial sud-ouest du Centre d'études et d'expertise sur les risques (Cerema).
"On est confronté à des appels au secours, à des personnes qui nous disent ne plus pouvoir habiter leur logement", alerte Martial Aubry, directeur général du bailleur Var Habitat. "Ce n'est pas de la science-fiction pour 2050, c'est maintenant en 2026 !"
Seulement 56% des logements HLM sont équipés de volets ou autres occultants et à peine 3% disposent d'un brasseur d'air, selon des études utilisées par l'Union sociale pour l'habitat (USH), qui fédère les bailleurs sociaux. Elle estime à 8,6 milliards d'euros le coût de la généralisation de ces deux dispositifs dans le parc social.
Près de 2,5 millions de logements sociaux sont considérés comme prioritaires dans le plan d'adaptation de l'USH, car très mal isolés ou situés dans des zones très exposées aux fortes chaleurs, notamment le pourtour méditerranéen et les grandes villes.
"Il faut qu'on ait des solutions à mettre en place pour l'été prochain", a martelé Martial Aubry à l'occasion du congrès HLM qui s'est tenu de mardi à jeudi à Bordeaux.
"Face au dérèglement climatique, l'urgence est aujourd'hui, enfin, une évidence", a relevé Emmanuelle Cosse, présidente de l'USH.
Adapter les logements aux fortes chaleurs, "c'est une question de capacité à habiter dignement", a estimé Vincent Jeanbrun, ministre de la Ville et du Logement. "La vie et la survie de nos locataires sont en jeu."
- Brasseurs d'air -
Benoît Gandon appelle à voir les enjeux liés au climat dans leur ensemble, pour "éviter les erreurs", comme "isoler sans traiter la surchauffe, traiter un bâtiment sans regarder l'environnement urbain ou arriver à végétaliser, sans prendre en considération le retrait-gonflement d'argile" qui provoque des fissures dans les bâtiments.
Pour cela, la première recommandation de Martial Aubry est d'élaborer un "plan stratégique de patrimoine climatique".
Les organismes HLM du Sud-Ouest, Gironde Habitat et Mésolia sont tous les deux justement en train de revoir leur plan stratégique de patrimoine (PSP).
Le PSP actuel de Mésolia ne prend pas en compte le risque d'inconfort d'été. "Il a été élaboré il y a dix ans", une époque où le "souci de l'amélioration de la performance thermique" était bien présent, mais où "on ne parlait pas beaucoup de confort d'été", explique Isabelle Pilarczyk, responsable du pôle patrimoine.
Chez Gironde Habitat, "le confort d'été est une brique de ce nouveau PSP, avec les autres aléas climatiques comme les incendies, les inondations, le risque retrait-gonflement d'argile", explique à l'AFP Rémi Poujardieu, responsable de la gestion du patrimoine du bailleur public.
"On veut adapter au mieux pour ne pas avoir à y revenir dans dix ou quinze ans", ajoute-t-il.
Pour le moment, Gironde Habitat expérimente un panel de solutions: brasseurs d'air, brise-soleil orientables, différents types de matériaux d'isolation. Des outils à déployer selon les bâtiments et selon les besoins.
Mésolia, organisme HLM privé, teste aussi les brasseurs d'air dans trois bâtiments actuellement en rénovation à Mérignac, dans la métropole bordelaise.
Locataire depuis deux ans de la résidence, Nogodjoun Fofana, constate auprès de l'AFP un vrai "mieux" depuis qu'un brasseur d'air a été installé dans son salon au milieu de l'été.
Le courant d'air créé par les pales permet de gagner jusqu'à 4°C de température ressentie.
La rénovation globale des trois immeubles prévoit aussi l'isolation du toit et des façades, des travaux qui réduisent la surchauffe des bâtiments, mais les cuisines restent sans protection extérieure contre les rayons du soleil.
La question de climatiser se pose aussi pour les bailleurs sociaux. Mais plusieurs acteurs appellent plutôt à s'inspirer des principes de l'architecture ultra-marine: dans les cases créoles réunionnaises, le plafond est conçu pour ventiler et les murs de végétation à l'extérieur gardent le frais.