Après la "sidération" d'un été caniculaire exceptionnel, les maires chamboulent leurs politiques

Après la "sidération" d'un été ponctué d'épisodes exceptionnels de canicule et de méga-feux de forêt ravageurs, les élus locaux préparent l'avenir et revoient pour certains leurs politiques d'adaptation.

"A Bourges, on est passé de zéro jour de canicule entre 2020 et 2025, puis deux jours en 2025 et d'un coup 25 jours en 2026", constate le maire de la ville Yann Galut, lors d'une conférence organisée par le promoteur immobilier Icade, filiale de la Caisse des dépôts.

Cet été a provoqué une "sidération" chez l'élu.

Avant, "j'avais l'impression de savoir où j'emmenais ma ville", avec un programme axé autour de la préparation pour devenir capitale européenne de la culture en 2028, l'accompagnement des industries de défense sur le territoire et l'adaptation au changement climatique.

Mais face aux "habitants en détresse", aux décisions "de fermer des écoles en urgence", aux constats de décès à domicile, l'ancien socialiste a vécu cet été comme un "changement de paradigme" et fait "de l'adaptation une priorité absolue maintenant". Il faut "tout reprendre", selon lui.

Yann Galut a ainsi demandé à ses équipes d'élaborer d'urgence un plan d'action à présenter dès le 1er octobre.

L'été le plus chaud jamais vécu par l'Hexagone depuis le début des mesures en 1900, avec sa succession presque ininterrompue de canicules, a révélé l'inadaptation des écoles, des logements, des transports, des hôpitaux et du monde du travail aux fortes chaleurs, et a fait près de 8.000 morts en excès, selon un bilan provisoire de Santé publique France.

Des communes ont aussi dû faire face à des feux d'une virulence et d'une ampleur inédite cette année, comme au Porge (Gironde) où 183 maisons ont été détruites, à une sécheresse qui met en péril les récoltes, ou encore à une tornade dévastatrice dans l'Aude et des orages en tout genre.

- Course contre la nature -

L'été s'est révélé comme l'"un des plus difficiles" et particulièrement "épuisant" pour les élus, dont "beaucoup ressortent lessivés", explique à l'AFP Emmanuel Sallaberry, vice-président de la commission finances de l'Association des maires de France (AMF).

Maire divers droite de Talence, une ville de la métropole bordelaise, sa commune "prête de la main d'oeuvre administrative au Porge pour instruire les permis de construire" des maisons brûlées.

Désormais il faut "des actions à court terme", comme se préparer à de possibles inondations à l'automne après la perte de forêts entières, mais aussi "à moyen terme pour l'été prochain et à long terme", notamment pour protéger les écoles de la chaleur, estime-t-il.

A Carcassonne (Aude), même si le président socialiste de l'agglomération Régis Banquet n'avait "pas attendu l'été 2026 pour s'apercevoir du changement climatique", il a aujourd'hui l'impression qu'"on est dans une course et que la nature court plus vite que nous".

"Il va falloir aller beaucoup plus vite", ce qui implique "moins de contraintes administratives" et plus de décentralisation, notamment sur le logement, avance l'élu, vice-président d'Intercommunalités de France, chargé de l'eau.

Emmanuel Sallaberry abonde: "On est prêt à revoir nos politiques pour l'adaptation, mais avec quels moyens financiers? On a besoin de débloquer la machine. Cet été on ne s'est pas demandé si ce qu'on faisait était aux normes."

A Lacanau, face à l'urgence du méga-feu qui a touché la Gironde, "on a fait en trois heures ce qu'on attendait depuis dix ans" pour protéger les habitations, a témoigné le maire de la commune Laurent Peyrondet.

Dans sa petite commune d'Alzonne (Aude), Régis Banquet a lui climatisé toutes les salles de classe juste avant l'été et végétalisé la cour de l'école durant les grandes vacances. "C'est un investissement de 500.000 euros, c'est pas rien" pour une commune de 1.500 habitants.

Pour le maire de Talence, "si je ne fais rien à l'horizon cinq à dix ans, ma ville sera quasi invivable, ça donne le vertige".

Le changement climatique, causé principalement par la combustion du charbon, du pétrole et du gaz liée aux activités humaines, augmente la fréquence, l'intensité et la précocité de phénomènes climatiques comme les canicules, les sécheresses et le risque d'épisodes de fortes précipitations.

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