Les associations de lutte contre la pauvreté ont exprimé leur inquiétude jeudi concernant l'allocation de solidarité unifiée (ASU), redoutant qu'elle n'entraîne une perte d'aides pour "les plus pauvres".
"Avec ce texte, des gens vont toucher plus et d'autres moins. Il est inadmissible que des gens en situation de pauvreté voient leurs allocations baisser", a mis en garde Delphine Rouillaud, porte-parole du collectif Alerte, qui rassemble une trentaine d'associations de lutte contre la pauvreté, interrogée par l'AFP.
L'étude d'impact jointe au projet de loi, consultée par l'AFP, indique que sur les 10% des ménages les plus pauvres, 51% (1,5 million) vont gagner 110 euros par mois en moyenne, 21% (629.000) vont perdre 40 euros en moyenne, et 867.000 vont rester neutres.
Le projet de loi "créant une allocation de solidarité unifiée et garantissant un gain au travail" a été transmis au Conseil d'Etat et devrait être présenté en Conseil des ministres en avril.
Selon l'entourage du ministre du Travail et des Solidarités Jean-Pierre Farandou, il devrait être discuté au Parlement avant la coupure estivale.
L'idée figurait dans le programme du candidat Macron en 2017, mais n'a jamais vu le jour tant le sujet est complexe et sensible.
L'ASU s'articulera autour de trois prestations sociales majeures: le revenu de solidarité active (RSA), la prime d'activité et les aides personnelles au logement (APL).
Leur montant sera déterminé à partir d'un calcul identique des ressources du ménage, baptisé "revenu social de référence", à l'horizon 2030, a précisé l'entourage du ministre.
Les collectivités locales pourront, si elles le souhaitent, baser l'octroi de certaines prestations sur ce "revenu social de référence" plutôt que sur un "statut" (demandeur d'emploi, bénéficiaire de RSA...).
Dans un premier temps, en 2027, les Français pourront avoir accès à un "compte social unique", qui leur donnera une "information exacte, précise et personnalisée sur leurs droits", de même source.
Ce compte devrait permettre de faciliter les demandes pour ces prestations et d'accéder à une "simulation de l'impact d'une hausse de votre revenu d'activité sur votre revenu total".
Il devrait, selon le gouvernement, faciliter "l'accès aux droits" pour ceux qui ne demandent pas certaines prestations, mais aussi permettre d'estimer le gain réel à reprendre ou augmenter une activité rémunérée.
Avec ce projet, le gouvernement entend lutter plus efficacement contre la pauvreté et assurer "la bonne information et le bon recours" aux aides sociales.
Il s'agit "d'assurer à chacun que la reprise ou l'augmentation de l'activité se traduit effectivement par une amélioration de sa situation" financière, souligne l'entourage du ministre.