Les députés ont approuvé jeudi un article facilitant le développement du stockage de l'eau pour l'agriculture, vivement critiqué par la gauche qui y voit une "fuite en avant" pour maintenir, selon eux, un système agricole intensif en eau.
Ses défenseurs estiment, au contraire, que ces réserves qui permettent de retenir l'eau lorsqu'il pleut pour la réutiliser en période de sécheresse sont nécessaires pour sécuriser les récoltes des agriculteurs.
L'article adopté après de longues heures de discussion, comme le reste du volet eau du projet de loi d'urgence agricole, est l'un des plus sensibles du texte examiné depuis mardi en première lecture.
La construction de stockages (bassine, retenue collinaire...) est encadrée, notamment avec des procédures de consultations du public pour trouver des compromis lors de différends, mais qui peuvent prendre du temps, des délais critiqués par les agriculteurs.
Dans le détail, l'article supprime d'une part l'obligation de tenir des réunions publiques pour obtenir une autorisation environnementale, d'autre part renforce les pouvoirs du préfet par rapport aux instances de gestion de l'eau.
La ministre de l'agriculture Annie Genevard a défendu le besoin en eau des agriculteurs, avec 7% de terres irriguées en France. "Très peu", selon elle, d'où l'objectif de permettre à davantage d'agriculteurs de pouvoir irriguer via ces réserves.
Le RN, en soutien de l'article, a souligné que ces ouvrages "mettent parfois dix ans à aboutir" alors que les agriculteurs font face à des "sécheresses qui se multiplient", selon les mots de Timothée Houssin.
Face à la diminution de l'eau disponible en lien avec le dérèglement climatique, la députée écologiste Delphine Batho dénonce "une fuite en avant dans l'illusion que le stockage serait un remède magique", alors que les chercheurs préconisent à l'inverse un "changement des pratiques agricoles".
Ne se disant pas opposé à tout stockage en soi, son collègue Benoît Biteau estime que la mesure ne permettrait pas à de nouveaux agriculteurs d'irriguer, mais au contraire aux plus gros, en particulier ceux qui produisent des céréales pour l'exportation, d'y avoir davantage accès.
En outre, la suppression des instances de consultation va, selon lui, "mettre en grave difficulté les agriculteurs", alors qu'elles permettent de purger des différends, et prévenir de futurs recours en justice.
Selon l'article, le préfet pourra par ailleurs passer outre l'annulation par un juge d'une autorisation existante de prélèvement d'eau à des agriculteurs, en autorisant sa poursuite pour deux ans maximum.
Une disposition "contraire même à la séparation des pouvoirs", a cinglé Manon Meunier (LFI).
Mais "rompre du jour au lendemain ces prélèvements, c'est extrêmement dommageable pour l'agriculteur", a argumenté le macroniste Jean-René Cazeneuve.