Des agriculteurs en colère ont été délogés de deux dépôts de carburant en Gironde et dans le Nord, mais d'autres actions ont été lancées samedi, notamment au port du Havre, symbole d'un mécontentement intact au lendemain du feu vert européen à l'accord avec le Mercosur sud-américain.
Malgré les mesures d'aide dévoilées vendredi par la ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, les manifestants, également opposés à la gestion gouvernementale de l'épizootie bovine de dermatose nodulaire contagieuse (DNC), ont maintenu le blocage de l'autoroute A63 au Pays basque ou de l'A64 au sud de Toulouse, et ciblé au Havre le premier port français via un barrage filtrant.
À Bassens, sur le port de Bordeaux, le blocage de dépôts de carburant établi depuis mercredi soir a été levé samedi à la mi-journée après l'intervention des forces de l'ordre et quelques heurts avec les militants de la Coordination rurale de la Gironde (CR33).
Vers midi, des gendarmes mobiles casqués et boucliers en avant sont passés à l'action, utilisant ponctuellement des gaz lacrymogènes face aux récalcitrants, qui ont fini par reculer et entonner la Marseillaise, ont constaté des journalistes de l'AFP.
- "Ne pas en rester là" -
"La seule réponse de l'Etat, c'est d'envoyer des Centaures (blindés de la gendarmerie, NDLR) et envoyer des CRS", a regretté Sébastien Lecourt, viticulteur, éleveur bovin et trésorier adjoint de la CR33, tout en promettant de nouvelles actions: "Ça n'en restera pas là. On ne peut pas en rester là."
Dans le Nord, la Coordination rurale a levé vendredi vers 21H00 le blocage de l'entrepôt pétrolier d'Haulchin, près de Valenciennes, sous la pression des autorités.
En Occitanie, des barrages ont aussi été levés sur des axes routiers, notamment dans les Hautes-Pyrénées, même si le barrage de l'A64 au sud de Toulouse, actif depuis une vingtaine de jours à l'initiative des "Ultras de l'A64" menés par l'éleveur haut-garonnais Jérôme Bayle, reste en place.
Ils sont imités au Pays basque par les "Ultras de l'A63" qui ont mis en place vendredi un barrage à hauteur de Bayonne, toujours en place samedi.
Le préfet des Pyrénées-Atlantiques a toutefois indiqué samedi à cinq de leurs représentants "que le blocage de l'A63 ne saurait perdurer", a précisé la préfecture.
D'autres points de blocage sont constatés sur l'A10 et l'A20, selon Vinci Autoroutes.
- "Concurrence déloyale" -
Tous les syndicats agricoles protestent contre l'accord de libre-échange entre l'Union européenne et les pays sud-américains du Mercosur qui sera signé samedi prochain au Paraguay, après l'accord donné vendredi par une majorité d'Etats européens.
Samedi à la mi-journée, plusieurs centaines d'agriculteurs avec plusieurs dizaines de tracteurs se sont rassemblés sur le pont de Normandie, avant de rejoindre en convoi le port du Havre dans l'objectif de contrôler les camions et bloquer ceux qui transporteraient des denrées alimentaires étrangères, selon les Jeunes Agriculteurs de Seine Maritime (JA76).
"C'est la concurrence déloyale des produits agricoles importés d'Amérique du Sud qui ne respectent aucune norme européenne, aucune norme française, qui vont arriver sur nos marchés, dans nos étals", a fustigé Jérôme Malandain, président des JA76.
"Notre objectif est de bloquer un point névralgique de l'import-export, en contrôlant tous les camions", a complété Justin Lemaître, secrétaire général des JA 76, disant espérer des voies de recours contre le feu vert donné vendredi à l'accord avec le Mercosur.
Dans une interview à Ouest-France, le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a toutefois estimé qu'une saisine de la justice européenne par l'Etat français n'était pas la solution car "seule la saisine de la Cour par le Parlement européen amènerait à suspendre la ratification de l'accord". "La balle est désormais dans le camp du Parlement européen", a-t-il dit.
La CR et la Confédération paysanne dénoncent aussi la politique gouvernementale d'abattage total des troupeaux de bovin au premier cas de DNC qui a attisé la colère agricole en décembre dans le Sud-Ouest.
La ministre de l'Agriculture a annoncé vendredi "un paquet de mesures agricoles" de 300 millions d'euros, avec notamment un doublement du fonds d'indemnisation de la dermatose bovine et d'autres mesures égrenées ces dernières semaines (sur les engrais ou l'aide à l'arrachage des vignes).
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