Un plan visant à améliorer la qualité de l'eau sur un vaste territoire en Bretagne et Pays de la Loire, emblématique des conflits autour de cette ressource, a été adopté vendredi après quatre ans de discussions.
La révision du Schéma d'aménagement et de gestion de l'eau (Sage) du bassin versant de la Vilaine, fruit d'un consensus élaboré par des acteurs locaux, prévoit notamment l'interdiction d'herbicides pour maïs sur des parcelles sensibles à l'érosion, situées dans une poignée d'aires de captage d'eau potable.
Le but est d'éviter que les polluants, entraînés par la pluie, ne se retrouvent dans l'eau. Des dérogations restent possibles et une aide financière est prévue pour passer au désherbage mécanique.
Le dossier était emblématique ces derniers mois des conflits sur l'eau, qui se sont retrouvés au Parlement lors de la loi d'urgence agricole.
L'accord pourrait faire référence au niveau national alors que de nombreux Sage sont en cours de révision. Les syndicats agricoles se sont divisés entre la Confédération paysanne, ouverte aux mesures de protection de l'eau, et la FNSEA-JA, hostile à l'interdiction des herbicides.
Le texte a été adopté par les membres de la commission locale de l'eau (CLE) - qui rassemble des représentants des collectivités territoriales, d'organisations professionnelles, d'associations, l'Etat ainsi que des usagers (agriculteurs, industriels...), par 45 voix pour et 18 contre, lors d'une réunion à Saint-Just (Ille-et-Vilaine).
Présents vendredi, quelques dizaines de personnes, agriculteurs de la Confédération paysanne et membres d'association de défense de l'environnement, chantaient "On est là pour l'honneur des paysans et la santé de nos enfants" devant les fenêtres de la salle.
Des agriculteurs de la FNSEA-JA, alliance syndicale dominante dans la profession, étaient également venus avec des tracteurs, dont l'un portait une banderole "oui à l'environnement non à l'acharnement".
La révision de ce schéma, négociée depuis 2022, devait initialement être adoptée en décembre alors que plus de 90% des masses d'eau sont dégradées sur le territoire concerné.
Mais la FNSEA-JA l'avait empêchée en organisant une grosse manifestation, malgré un allègement de l'interdiction des herbicides obtenu par les chambres d'agriculture.
Le bassin versant du fleuve Vilaine traverse six départements de la Mayenne au Morbihan, peuplés de 1,3 million d'habitants.
- "Réponses très concrètes" -
Michel Besnard, du collectif de soutien aux victimes des pesticides de l'ouest, s'est dit satisfait de l'adoption du texte, même s'il ne le trouve pas assez ambitieux, en soulignant l'enjeu pour la santé publique et les finances publiques. "La dépollution de l'eau coûte très cher et est supportée par nous tous".
Pour Patrick Savary, membre du même collectif, l'adoption du Sage représentait un "enjeu national". "La peur de la FNSEA, c'est le fait qu'en instaurant des règles de ce type, ce soit une première marche vers des Sage beaucoup plus ambitieux avec des règles un peu plus contraignantes sur les pesticides", estime-t-il.
"Le SAGE va apporter des réponses très concrètes sur la préservation des zones humides, sur la gestion quantitative de l'eau, les risques de submersion marine", s'est félicité de son côté Ludovic Brossard, président de la CLE, en invitant "les autres SAGE de France à s'intéresser à la méthode" mise en place, consistant à associer la population.
L'État "se mobilisera pour mettre en oeuvre ce Sage de façon opérationnelle", a affirmé la préfète de la région Bretagne, Emmanuelle Dubée.
"Le vote ne clôt pas le dossier", a averti la FNSEA dans un communiqué, se disant prête à des recours en justice.
Des représentants locaux de ce syndicat, qui avaient demandé un report du vote, ont pointé l'absence d'une "véritable étude des impacts socio-économiques" dans le plan. Cette étude est prévue par la loi d'urgence agricole.
"Les impacts on ne les connaît pas, et une contrainte de plus dans le contexte agricole actuel ce sont des coûts de revient qui augmentent" pour les exploitants, a déploré Franck Pellerin, le président de la FDSEA du Morbihan.
Concernant les pesticides, il faut "éviter de tomber dans certains clichés, la réalité c'est que beaucoup d'efforts ont déjà été faits", a-t-il ajouté.