L'association interprofessionnelle du bétail et des viandes a appelé jeudi Emmanuel Macron à prendre position sur le projet d'accord de libre-échange entre l'UE et l'Australie, et demande d'exclure les viandes bovines et ovines du champ des négociations.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, se rendra en Australie la semaine prochaine, pour discuter notamment de l'avancée de cet accord.
"Notre position est claire: puisqu'il n'y a pas de mesures miroirs et qu'une réciprocité des normes de production est impossible, les viandes bovine et ovine doivent être exclues des négociations. Non pas encadrées différemment. Non pas assorties de clauses qui s'avéreront inopérantes. Exclues", écrit l'interprofession Interbev dans une lettre ouverte adressée jeudi au président français.
Selon l'organisation, Bruxelles propose l'ouverture du marché européen à 24.000 tonnes de viande bovine et 20.000 tonnes de viande ovine australiennes à droits de douane préférentiels, soit six à sept fois plus qu'aujourd'hui. Le secteur de l'élevage australien réclame pour sa part au moins 50.000 tonnes de viande bovine et 67.000 tonnes de viande ovine et caprine, ajoute-t-elle.
"L'élevage australien repose sur des pratiques que la réglementation européenne interdit sur notre sol: mutilation des ovins (...), recours aux hormones et antibiotiques activateurs de croissance sur les bovins, feedlots (parcs, ndlr) industriels de plusieurs milliers de têtes, durées de transport sans commune mesure avec nos standards en matière de bien-être", énumère l'interprofession, pour qui "l'argument géopolitique ne saurait justifier un sacrifice agricole".
"Ouvrir davantage notre marché à ces productions sans exiger la moindre réciprocité des normes, c'est organiser une concurrence déloyale au détriment de nos éleveurs et trahir les engagements pris envers les consommateurs européens", ajoute le courrier. "On ne construit pas la souveraineté alimentaire de l'Europe en ouvrant ses marchés à ce que l'on a soi-même interdit."
L'interprofession s'était déjà opposée à l'accord signé avec quatre pays du Mercosur qui prévoit que 99.000 tonnes de viande bovine latino-américaine puissent entrer dans l'UE à taux réduits.
Les éleveurs français dénoncent des conditions de production différentes d'une rive à l'autre. Ils ne décolèrent pas depuis la publication fin février d'un nouvel audit européen mettant en évidence des failles persistantes au Brésil dans la traçabilité d'hormones utilisées pour le boeuf (interdites en Europe).
Jeudi, la Fédération nationale bovine a annoncé des opérations de contrôles d'origines des viandes, menées par ses membres dans des magasins en France.