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A Lyon, « les Petites Cantines » luttent contre l'isolement des habitants

Les « Petites Cantines » rassemblent des personnes de tous horizons, le temps d'un repas.
©Elodie Horn/ID

Dans le quartier de Vaise à Lyon, les habitants peuvent tous les jours faire connaissance lors d'un repas et de sa préparation, aux « Petites Cantines ».

Il y a quelques années, Diane Dupré la Tour, habitante du quartier de Vaise, dans le 9e arrondissement de Lyon a connu un accident de la vie. « Elle a perdu son conjoint. Elle est alors énormément aidée par ses voisins de quartier. Journaliste, elle souhaite changer de métier. Avec Étienne Thouvenot, un ami qui a aussi l'envie d'entreprendre, ils décident de lancer Les Petites Cantines », explique Marie, la « maîtresse de maison », chargée d'établir les menus et d'accueillir le public.

En partant du constat que l'isolement en ville représente un gros problème, les deux cofondateurs du projet imaginent, en septembre 2016, un lieu de vie dans le quartier de Vaise. Leur concept s'articule autour du repas et de sa préparation, un moment propice à l'échange. Pour lancer « Les Petites Cantines », ils font appel au mécénat. Avec l'argent récolté lors des repas, l'association est en mesure de salarier deux personnes en cuisine, les maîtresses de maison, Marie et Juliette, ainsi que cinq services civiques. Présents à tour de rôle, ils aident aussi bien à accueillir les bénévoles qu'à étudier l'impact des Petites Cantines sur le quartier.

Des bénévoles généralement habitants du quartier

Ancien étudiant en lettres, Théodore a rejoint le projet en service civique depuis le mois d'août. « Mes études ne me plaisaient plus, j'avais besoin de plus d'humain. Aujourd'hui, je sais que j'aimerais travailler dans le social », assure le jeune homme de 22 ans tout en épluchant à vif une orange. Car les bénévoles comme les salariés mettent la main à la pâte pour préparer le repas aux Petites Cantines.

Pour participer à l'élaboration du menu de midi, une dizaine de bénévoles ont répondu présent, aussi bien des habitués que des personnes de passage. Mireille, venue de Genêts, une commune voisine, a poussé pour la première fois la porte des Petites Cantines ce matin. « J'avais 1h30 d'attente avant mon rendez-vous. L'écriteau disait qu'on était les bienvenus et j'avais déjà entendu parler du concept sur Internet. J'ai décidé d'y entrer et j'apprends déjà des choses », sourit-elle, tout en écoutant les conseils de Bachir, bénévole et ancien cuisinier, pour confectionner la salade d'agrumes.

Mireille vient pour la première fois aux « Petites Cantines ». Elle réalise avec Bachir, une salade d'agrumes pour le dessert de midi.
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« Mon médecin m'a envoyé ici au lieu d'aller voir un psy »

Les autres volontaires sont généralement des habitants du quartier, comme Paulo. « J'ai été hospitalisé pendant plus de deux ans. Comme j'avais des problèmes de santé, j'avais besoin de soutien. Mon médecin m'a envoyé ici au lieu d'aller voir un psy », précise cet ancien éducateur sportif. Depuis, il vient tous les matins depuis 7 mois, alors qu'il n'a au départ pas d'appétence particulière pour la cuisine. « En plus de rencontrer des habitants de mon quartier que je ne connaissais quasiment pas alors que j'y vis depuis 22 ans, j'apprends à me débrouiller en cuisine », affirme celui qui ne peut désormais plus sortir sans rencontrer un visage familier.

Domitille en service civique et Paulo prêtent main forte à Nathalie, bénévole pour le pliage des samossas au chèvre.
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A la table voisine, Michèle se charge du plat de résistance : des lasagnes maison faites avec une purée de potimarron. « Je suis arrivée à Lyon il y a 3 ans afin de me rapprocher de mon fils pour ma retraite. Il fallait que je m'occupe et j'ai découvert ce concept. J'aime le fait que la cuisine fasse se rencontrer des personnes de toutes catégories sociales. Certains ont des handicaps physiques, intellectuels ou sont seuls. Pour le moment, cela fonctionne », assure Michèle tout en dressant le plat de lasagnes.

Neuf euros pour la préparation d'un plat

Il n'est toutefois pas obligatoire de participer à la préparation du repas pour se mettre à table aux Petites Cantines. Les bénévoles et clients doivent cependant s'inscrire en amont en réservant par téléphone ou par Internet. Ils adhèrent ensuite à l'association et payent leur repas à prix libre, comme l'explique Marie à Eric et Carole, deux nouveaux venus ce midi. « Préparer un repas coûte 9 euros à l'association. Si un client nous paye cette somme, nous rentrons dans nos frais. En donnant davantage, cela permettra ensuite de payer le matériel et les salaires », précise la cuisinière qui avant d'entrer aux Petites Cantines au mois de juin, a été formée dans un établissement étoilé lyonnais.

Face au succès des Petites Cantines à Vaise, deux nouveaux restaurants associatifs doivent ouvrir prochainement à Lyon. Un dans le quartier de Perrache au mois de mars et un dans le 8e arrondissement, en avril, deux quartiers dotés d'une forte mixité sociale.