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Entourage : l’application qui connecte sans-abri et riverains

©Entourage

Entourage est une application qui vise à lancer des actions de proximité en faveur des SDF pour lutter contre la solitude.

L’association Entourage lutte depuis plusieurs mois contre l’exclusion des personnes qui n'ont pas de logement. Par le biais d’une application, les riverains sont encouragés à entrer en relation avec les sans-abri qu’ils croisent tous les jours. Une technologie positive et solidaire pour répondre à une problématique urbaine. Explications avec Jean-Marc Potdevin, Président et Fondateur de l’association Entourage. « Aider une personne SDF c’est en premier lieu lui redonner son humanité ».

Quelles missions vous êtes-vous données avec cette association ?

La mission d’Entourage, c’est de lutter contre l’isolement relationnel des personnes qui vivent dans la rue en incitant les riverains à entrer en relation avec un sans-abri qu’ils croisent tous les jours. On a tous en tête qu’ils ont besoin de 2 euros ou d’un sandwich alors qu'en fait ils souffrent de la solitude et d’un sentiment d’invisibilité. Cyril qui dit : « Je vois passer 3 000 personnes et il y en a 2 qui me disent bonjour » ou Pierrot qui dit « la solitude ça tue quand on est à la rue, un bonjour ça vaut 100 sandwichs ».

Est-ce une problématique urbaine ?

C’est effectivement une problématique urbaine. On vise à ré-inclure ces personnes dans un réseau bienveillant, donc de chaleur humaine. C’est un rôle qui reste citoyen c’est-à-dire, que c'est très complémentaire dans le cadre d’un travail social sur une personne qui pourrait être en situation d’exclusion d’avoir un réseau qui va l’encourager, qui va la soutenir. Quand on s’y met à plusieurs, on voit que les gens revivent, c’est une partie fondamentale de l’être humain que d’être en relation.

Il peut y avoir une gêne lorsque l’on croise un sans-abri. Cette gêne-là, crée un fossé et isole le sans-abri qui est avant tout une personne comme les autres ?

Cette gêne est très paradoxale. « Je ne sais pas comment faire, je détourne le regard » et en même temps, ce détournement de regard crée de l’exclusion donc on dit aux gens : « Débarrassez-vous de l’idée que c’est un sans-abri qui a besoin de 2 euros parce qu’il y a à peine 15 % d’entre eux qui font la manche régulièrement ». Quelqu’un qui n’a pas de prénom qui est invisible et à qui on ne parle pas pourquoi est-ce qu’il essaierait de se lever, de se laver et de s’en sortir ? Une fois qu’on comprend ça, une partie de cette gêne disparaît parce que finalement, les gens sont touchés.

Le cœur de votre offre associative c’est une application ?

C’est une application sur mobile où l’on va connecter des gens qui ne se connaissent pas forcément pour faire des actions ensemble. Avec Entourage, vous allez pouvoir appeler un autre voisin ou des personnes dans le quartier qui vont pouvoir répondre à une problématique particulière. Vous allez trouver des associations qui vont être présentes également dans le réseau, des guides avec des ressources. On a géolocalisé dans les grandes villes les points de solidarité, les bagageries, les endroits où l'on peut trouver de la nourriture, se laver, se réorienter etc.

Pour cela, il faut que tout le monde soit inscrit sur votre application ?

Ça marche si on a une vraie densité d’utilisateurs et quelque part, c’est un peu le Tinder de la solidarité. S’il y a suffisamment de gens à proximité, ensemble, on est beaucoup plus fort. Il y a beaucoup de femmes qui sont à la rue c’est en pleine explosion exponentielle, c’est vraiment inquiétant car les femmes à la rue ont un tas de problèmes spécifiques. Les gens deviennent solidaires, spontanément, ils pensent à des choses. C’est ce qu’on essaie de construire avec l’application qui est en fait un réseau social mais un réseau qui pousse à l’action dans la vraie vie.

Quels sont les services qu’apporte ce réseau social pour organiser les rendez-vous pratiques ?

On a un certain pourcentage de nos utilisateurs qui sont des personnes à la rue et qui utilisent l’application pour eux ou pour leurs amis. Il faut savoir que 20 à 30 % d'entre eux ont des smartphones. Un peu comme dans un Whatsapp, les petits groupes vont se retrouver pour se synchroniser sur un chat privé. Ce sont d’abord des rencontres que l’on veut faire avec ces personnes.

Les sans-abris ont-ils un statut particulier sur l’application ?

On ne veut pas voir mettre dans son profil « je suis SDF ou je ne suis pas SDF ». On trouve que c’est un étiquetage qui ne correspond pas à la philosophie d’Entourage, nous n’avons pas envie de ça.

Entourage en chiffres ça donne quoi aujourd’hui ?

Depuis le lancement de l’application il y a à peu près un an, on a environ 30 000 personnes qui ont téléchargé l’application et 25 000 qui se sont créé un compte un peu partout en France. Ces 25 000 membres d’Entourage ont déjà créé plus de 1500 actions de solidarité de proximité donc ça veut dire qu’il y a des choses qui se passent sur le réseau. On a une grosse moitié d'utilisateurs qui se trouve sur Paris, et on est en train de déployer le réseau et d’essayer d’avoir une présence locale sur Grenoble, sur Lyon, sur Lille. On vise la relation, mais quelle est la valeur d’une relation ? C’est un impact qui est fort et qui vraisemblablement sera dans les deux sens, il se passe des choses en vous aussi et on a énormément de retours d’utilisateurs qui nous appellent en disant : « mais c’est dingue, ça a changé ma compréhension, avant j’avais peur, maintenant non. Cette personne à qui je n’osais pas parler avant, d’une certaine manière, elle m’a aussi beaucoup apporté. »

Interview réalisée en partenariat avec France Inter. Pour écouter la chronique Social Lab (Un réseau social solidaire pour les sans-abri), cliquez ici.