Le projet de loi d'urgence agricole est de retour à l'Assemblée nationale.
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Politique

La loi d'urgence agricole remaniée revient à l'Assemblée, suspense sur son adoption

Attendu par les agriculteurs, décrié par les pro-environnement, le projet de loi d'urgence agricole est de retour lundi à l'Assemblée nationale, avec une incertitude sur son adoption liée à la réintroduction d'un volet sur les pesticides.

 Ce texte, au terme d'un long parcours législatif, doit être soumis à un ultime vote à l'Assemblée nationale lundi et au Sénat mardi. Il a fait l'objet d'une réunion de 14 parlementaires jeudi en commission mixte paritaire (CMP) pour aboutir à un texte commun, après que le texte initial a été nettement modifié au Sénat.

Son adoption reste encore incertaine car la copie finale comporte plusieurs mesures sensibles, principalement sur les pesticides et sur l'eau, et fracture le bloc central jusqu'au gouvernement.

La réintroduction de pesticides interdits reste "le principal sujet qui crispe", a dit samedi la ministre de la Transition écologique Monique Barbut à La Tribune Dimanche, personnellement opposée à la réintroduction de l'acétamipride.

"Faire échouer ce texte par idéologie, calcul ou peur achèverait de désespérer les agriculteurs", a commenté de son côté la ministre de l'Agriculture Annie Genevard dans le JDD, rappelant son souhait de le voir adopté.

Le texte de compromis, soutenu du Rassemblement national aux sénateurs centristes en passant par la droite, permet de réintroduire à titre dérogatoire deux pesticides interdits en France mais autorisés dans l'Union européenne, l'acétamipride et le flupyradifurone, pour une poignée de filières en difficulté, malgré les réticences du gouvernement.

La gauche, minoritaire en CMP, s'y est opposée.

Réunion à Matignon 

Matignon a convoqué une réunion lundi après-midi avec les présidents des groupes de la coalition gouvernementale (LR, Horizons, Renaissance, MoDem) ainsi que du groupe centriste Liot, selon des sources parlementaires, et les ministres Monique Barbut et Annie Genevard seraient présentes, selon une source gouvernementale.

A l'ordre du jour: la question de la présence ou non dans le texte de mesures concernant les néonicotinoïdes.

La question divise la majorité, notamment le groupe Ensemble pour la République (EPR) de Gabriel Attal. Il y a un an, la loi du sénateur Laurent Duplomb prévoyant le retour de l'acétamipride avait suscité une forte mobilisation citoyenne contre elle, avant que cette disposition ne soit censurée par le Conseil constitutionnel.

Gabriel Attal "pousse depuis deux jours le gouvernement à déposer un amendement de suppression" de l'article portant ces mesures, a commenté auprès de l'AFP un député LR. Une suppression qui éviterait d'étaler au grand jour les divisions des députés Renaissance sur le sujet.

Du côté d'Horizons, "la plupart des députés semblent favorables au fait de retirer l'acétamipride", avance une source au groupe.

Pour le Modem, "le totem acétamipride continue de questionner certains députés", selon une source au groupe, mais aucune position commune n'a encore été arrêtée.

"Chacun doit accepter une part de compromis, sinon on risque le blocage", a affirmé dimanche le ministre des Relations avec le Parlement, Laurent Panifous, dans Ouest France.

"Virage mortifère" 

Du côté de la société française, les positions sont tout aussi fracturées.

L'association écologiste Générations Futures a dénoncé "le virage mortifère du Sénat", concernant la réintroduction des pesticides interdits.

Le président de la Confédération générale des planteurs de betteraves sucrières (CGB), association spécialisée de la FNSEA, Franck Sander, a jugé que la réautorisation "de façon ciblée et encadrée" de l'usage de flupyradifurone "est une condition indispensable de notre compétitivité quand tous les voyants sont au rouge".

La question de l'eau, et notamment de son stockage pour l'irrigation agricole, continue aussi à susciter des tensions, et plusieurs rassemblements contre cette loi sont prévus cette semaine, dont une manifestation parisienne lundi soir aux Invalides.

Ce retour à l'Assemblée nationale se fait à l'heure où trois pics de chaleur ont essoré les Français en moins de deux mois, et que les incendies ont propulsé sur le devant de la scène les sujets environnementaux.

La protection de l'environnement a réalisé un bond spectaculaire parmi les préoccupations des Français, 32% en faisant désormais un de leurs trois premiers thèmes d'inquiétude, soit une hausse de 12 points, selon un sondage réalisé pour La Tribune Dimanche.

Avec AFP