Chronique conso

Des œufs sans souffrance animale

©Pool House

Dans les élevages, les poules pondeuses sont tuées au bout de 18 mois. Pour nous permettre de consommer des œufs sans tuer de gallinacée, une entreprise crée une ferme qui accueille les pondeuses en fin de parcours.

Peut-on faire une omelette sans tuer une poule ? Jusque-là, à moins d’élever des cocottes dans son jardin, c’était impossible. Les poules pondeuses, même dans les élevages labellisés bio, sont envoyées à l’abattoir à l’âge de 18 mois, quand leur fertilité décline. Leur espérance de vie est pourtant d’au moins six ans !

Une entreprise tournée vers le bien-être animal

Pour offrir aux gallinacées une retraite digne des services qu’elles nous ont rendus, Fabien Sauleman a lancé au printemps dernier l’entreprise Poulehouse. Son idée est de créer des partenariats avec des éleveurs bio, pour recueillir leurs poules en fin de parcours, dans une ferme du Limousin. Poulehouse peut ainsi mettre sur le marché des œufs « qui ne tuent pas la poule ». Une maison de retraite pour cocottes, cela peut sonner comme une jolie blague ou une initiative, certes attendrissante, mais anecdotique. Ca ne l’est pas. Nous sommes en train de prendre conscience — grâce notamment au travail de l’association L124 et à ses vidéos choc tournées dans les abattoirs et l’industrie de l’élevage  — des conditions de vie des animaux qui nous fournissent de la nourriture. Poulehouse pointe du doigt l’un des problèmes de la filière avicole et ouvre la voie à un nouveau mode de production, garanti sans souffrance.

Des oeufs au juste prix

Les œufs de Poulehouse sont vendus dans tout le réseau Biocoop depuis septembre dernier, au prix de 6 euros les six. Vous trouvez ça cher ? « Ce n’est pas un frein, estime Fabien Sauleman, président de Poulehouse. Nos clients font un choix militant et sont heureux de payer le prix juste pour un produit qui leur permet de respecter leurs convictions. » Avec quatre fermes partenaires pour l’instant (en Normandie, en Picardie, dans le Loiret et près de Chartres), Poulehouse produit 50 000 œufs par semaine et recueillera ses premières poules retraitées en février prochain. « A ce rythme, notre ferme d’une capacité de 18 000 poules, sera remplie en 2020, explique Fabien Sauleman. Mais à terme, nous voulons faire en sorte que les poules restent chez les éleveurs jusqu’à la fin de leur vie. »

Sauver les poussins

Pour que ses œufs soient éthiquement impeccables, Poulehouse doit s’attacher à un autre problème, celui du massacre des poussins mâles à la naissance. Puisque l’industrie a besoin des seules femelles pondeuses, elle tue 50 millions de mâles par an, rien qu’en France. Ils sont broyés vivants, asphyxiés ou gazés… Pour éviter cela, des recherches sont en cours dans plusieurs pays du monde pour arriver à déterminer le sexe du futur poussin dans l’œuf. Seules les femelles seront alors couvées. Les œufs mâles ne verront pas le jour. « Notre souhait est d’être les premiers à expérimenter cette technique, affirme le fondateur de Poulehouse. Mais quand elle sera opérationnelle, l’ensemble de la filière sera sans doute intéressé. » Et c’est tant mieux !