Dossier

On a rencontré le directeur de l’Agence BIO

©Camille Dufétel/ID

Nous avons rencontré Florent Guhl, directeur de l’Agence BIO, afin d’éclaircir les zones d’ombre et de commencer à lire l’avenir du marché du bio.

L’Agence BIO est l’Agence Française pour le développement et la promotion de l’agriculture biologique : pouvez-vous nous en dire un peu plus sur son rôle ?

Au-delà de son rôle de communication et de promotion de l’agriculture bio, on a deux autres grandes missions : la première est d’aider des projets de filières, du producteur jusqu’à la distribution dans les territoires français à se développer. On appuie ce développement avec une subvention, de l’argent public qu’on gère pour le compte du Ministère de l’Agriculture. Il y a aussi la question de la gestion des données, on est en charge d’un certain nombre d’informations sur la bio.

Que garantissent précisément les labels bio ?

D’une part des conditions de production et de transformation et d’autre part, des contrôles tout au long de la chaîne chez les agriculteurs, les transformateurs et le cas échéant chez des importateurs. À ces différents endroits, ces contrôles ont au moins lieu une fois par an*. Sur la production, les éléments clés, c’est l’absence de produits chimiques de synthèse et de produits OGM. Il y a aussi la prise en compte du bien-être animal : l’alimentation des animaux en bio et les conditions d’élevage. Ce qui est moins connu, c’est la question d’une forme d’économie circulaire au sein d’une ferme : l’alimentation doit provenir pour partie importante de l’exploitation agricole elle-même et il va falloir être capable, sur le terrain, de gérer les déjections des animaux. C’est ce qui fait qu’en agriculture bio aujourd’hui on retrouve de plus en plus des fermes qui font à la fois de l’élevage et la partie plantation, quelque chose qui avait en partie disparu dans l’agriculture conventionnelle.

La réglementation européenne en 2009 a soulevé des craintes : on a dit qu’elle était moins stricte que ne l’étaient au départ les critères du label AB…

Ce n’est pas le cas. Les textes sont assez techniques, il y a pu y avoir un certain nombre d’interprétations. Il s’agit d’un sujet de développement durable et quand on commence à parler de phénomène de masse, on a l’inquiétude de dire que pour faire de la quantité, on va probablement baisser en qualité. Le raisonnement n’est pas du tout irréaliste. Oui il y a un risque, par le fait d’un développement intensif peut-être moins regardant, mais plus on fera de bio, plus l’impact environnemental sera positif et important.

Ne faut-il tout de même pas s’inquiéter d’une baisse de standing des critères du bio à l’avenir ?

Les industriels, la grande distribution, ceux qu’on pointe du doigt, sont presque les premiers à avoir intérêt à avoir une vraie différence entre les produits bio et les autres, sans quoi le consommateur va se détourner des produits bio à juste titre. Ce ne sont pas forcément les groupes qu’on soupçonnerait qui vont faire une pression forte pour avoir une bio au rabais, au contraire en France les acteurs de la bio ont pris une position assez ferme sur la volonté d’une bio exigeante. Sur la question de l’autorisation des cultures hors-sol en bio par exemple [ndlr : culture dans laquelle les racines des plantes reposent dans un milieu détaché du sol et reconstitué], il y a une résistance très forte des acteurs français qui disent que la bio doit se faire dans un terrain naturel.

Existe-t-il du bio… et du moins bio ? Un légume bio acheté hors UE est-il aussi bio que celui cultivé par l’agriculteur du coin ?

Sur la question de la validité du cahier des charges et du contrôle, on peut être affirmatif. La vraie question derrière cela est que les consommateurs recherchent tous à tendre vers un bio local. Aujourd’hui on mesure à l’Agence BIO le fait que si on écarte les produits exotiques, on est à plus de 80 % de la consommation française qui est de produits originaires de France. Ce qui est important c’est de développer l’offre de produits bio française parce que la demande des consommateurs, on en est maintenant persuadés, est vraiment durable.

Peut-on toujours faire confiance au bio et y-a-t-il des précautions à prendre dans nos choix de produits bio ?

La bio n’est pas exempte de reproches et de risques, au contraire, c’est un secteur qui s’interroge beaucoup sur son avenir. D’ailleurs, si elle respecte les cahiers des charges, elle ne va pas forcément au-delà et elle ne résout pas tout. Sur l’aspect social par exemple : si vous achetez un produit bio qui a été fabriqué en Allemagne, vous n’avez pas aujourd’hui de SMIC garanti sur les travailleurs agricoles en Allemagne donc ça veut bien dire qu’on a le risque d’avoir un produit fabriqué à bas coût parce que l’agriculteur ou d’autres intervenants dans la fabrication n’auront pas été rémunérés correctement. Alors oui, la bio ne règle pas tout, mais le consommateur reste libre de ses choix au final. Rien ne lui est imposé, il est informé et il choisit ensuite si c’est ce qu’il veut, par exemple entre un produit non bio produit localement dans une ferme où il connaît bien les gens comparativement à un produit bio importé qui viendrait de l’autre bout de l’Europe : je pense que la plupart des consommateurs choisiraient la première option et c’est bien qu’ils fassent ce choix en conscience.

Qu’avez-vous pensé des conclusions de l’UFC-Que Choisir sur les sur-marges des grandes surfaces sur des produits bio ?

C’est vrai qu’il n’y avait pas eu beaucoup d’éléments là-dessus, c’était intéressant que le travail soit fait et de voir que les fruits et légumes n’étaient pas forcément plus intéressants d’un point de vue prix en grande distribution par rapport aux circuits courts. Sur les marges qui auraient été exagérées, c’est un peu la limite de l’exercice parce que c’est compliqué de savoir quelle est la partie marge technique, marge de gestion.  Il y a aussi la question des emballages parce que dans les grandes surfaces, la bio est emballée pour cohabiter avec la non bio et donc le surcoût est plutôt dans les produits bio. Tout ça a quand-même permis de débattre à nouveau de la question de « Où est-ce que j’achète mes produits bio? ».

Peut-on être véritablement confiant sur l’avenir du bio ?

C’est un secteur d’avenir particulièrement sur le plan de l’emploi. On a montré qu’il y avait une croissance de plus de 8 % par an de création d’emplois dans le secteur bio toutes activités confondues depuis quatre ans dans une période dont on sait l’importance du chômage en France. Les scénarios de développement Afterres2050 montrent que ce développement de l’agriculture bio va encore créer de l’emploi ou en réduire moins parce qu’on sait que pour produire la même quantité de produits il faut plus de personnes en bio qu’en conventionnel.

*Neuf organismes indépendants privés sont chargés de ce contrôle en France

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