Sport

Mondial 2022 : les dessous du stade de foot le plus écologique de la planète

Pour le mondial 2022, le Qatar prévoit notamment un stade tout en conteneurs
Fenwick Iribarren Architects

Les Qataris l’annoncent sans modestie : pour la coupe du monde de 2022, le stade Ras Abu Aboud prévu pour les quarts de finale, sera le plus écologique du monde ! Présenté fin novembre 2017, celui-ci est entièrement construit… en conteneurs ! Plongée dans les rouages de cet édifice d’un nouveau genre.   

C’est officiel, les quarts de finale de la coupe du monde du football de 2022 au Qatar se dérouleront au sein de conteneurs. Un choix de matériau pas forcément intuitif mais qui présente pourtant de nombreux avantages écologiques : pour la première fois, un stade sera démontable, transportable et même réutilisable ! Fini les scandales autour des sites sportifs laissés à l’abandon alors qu’ils ont occasionné des sommes astronomiques : « celui-ci est deux fois moins cher que les autres stades prévus pour la même coupe du monde et pourra être réutilisé à un moindre coût également pour la prochaine ville organisatrice » promet le cabinet d'architectes espagnol ayant remporté le projet, Fenwick Iribarren Architects, « Il s’inscrira complètement dans un système de développement durable ».

La recherche d’un stade éphémère : du cirque au conteneurs

Comment l’idée d’un tel matériau leur est venue ?  C’est la recherche d’un stade éphémère qui en est à l’origine : « Le Qatar a lancé un appel d’offre pour un stade « provisoire ». Nous voulions donc une structure qui puisse facilement être transportée voire être réutilisée pour un autre évènement. Nous pensions d’abord à une sorte de cirque. Puis nous avons imaginé des conteneurs maritimes qui sont mobiles et facilement démontables » explique Olga Redondon, l’architecte en charge de ce projet. 

Autre avantage, le stade ne requiert pas une immense logistique comparé à des homologues en béton. « Premier aspect pratique, les conteneurs - acheminés par bateau - contiendront en leur sein tout le matériel nécessaire aux travaux. Sur le site, pas besoin de gros chantiers : ils seront insérés dans la coque du stade pour y recevoir les sièges, toilettes, stands, etc. Même les installations électriques seront adaptées à une architecture entièrement adaptable et modulable, en ayant recours à un système plug&play » explique l’architecte avant de surenchérir sur l’aspect écolo des équipements : « ils respectent toutes les exigences de l’Organisation en recherche et développement pour les pays du Golf (GORD) (NDLR : un système de standardisation de bâtiments à haute qualité environnementale semblable au BREEAM en France). Ils sont donc recyclables et la plupart d’entre eux proviennent de la région ».

Immersion dans un jeu de lego géant  

Un projet faramineux qui, pour préserver sa démarche écologique, a dû surmonter de nombreuses contraintes techniques. En première ligne, les exigences de la FIFA requérant notamment une capacité pouvant accueillir 40 000 spectateurs et une superficie totale de 120 500 m2. Pour ce faire, plus de 900 conteneurs vont être nécessaires. Autre aspect pratique à maitriser, créer une forme circulaire prévue pour ce stade avec des cubes.  Mais Olga Redondo relativise « Cela ne concerne finalement que les 4 coins car ils tous reliés entre eux par des lignes droites » avant de tenter de dévoiler la technique : « en utilisant des conteneurs de différentes tailles (6, 9 et 12 mètres) et selon la manière dont on les assemble, on peut obtenir une grande diversité des utilisations. La plupart des espaces seront développés à partir de blocs de 3 conteneurs. Pour arrondir les angles, nous jouerons sur la hauteur avec 2 blocs de conteneurs au lieu de 3 ». A l’entendre, l’on se croirait dans un jeu de lego géant. En sera-t-il de même pour la désarticulation des conteneurs ? Sera-t-il aussi facile de démonter l’intégralité de ce stade tel qu’annoncé ?

Tout l’espace vert du site sera dégagé et prêt à recevoir de prochains bâtiments

L’architecte tempère : « Il y a quelques limites. Tous les espaces ne seront pas aménagés au sein des conteneurs, comme les lounges VIP par exemple. Nous avons également besoin d’un minimum de « construction standard » pour faire tenir les étages. Enfin, si les cloisons sélectionnées seront légères, elles seront difficilement réutilisables. Mais il s’agit d’une infime partie du design ». Cette précision étant faite, la professionnelle confirme qu’une fois le stade démantelé, « tout l’espace vert du site sera dégagé et prêt à recevoir de prochains bâtiments ».

Quant aux conteneurs, les architectes ont déjà des idées de réutilisation mais la stratégie finale n’a pas encore été finalisée pour communiquer dessus. Jusqu’à présent, ce sont surtout des appartements et quelques musées qui en ont fait l’expérience. D’ailleurs, pour ce cabinet espagnol, si la construction d’un stade est inédite, le « made in containers » fait déjà partie de ses prestations. « C’est une structure qui plait aux clients et s’intègre dans notre politique « d’architecture bleue » justifie Olga Redondo. Rien à voir avec la mer, l’architecture bleue, c’est penser à un habitat intelligent qui intègre le confort humain dans tous ses designs. Vivement 2022 pour savoir quelle équipe se sentira le plus à l’aise dans le stade Ras Abu Aboud pendant les ¼ de finale.