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Former des psychologues en Centrafrique pour aider les déplacés traumatisés

Depuis les violences survenues au tournant de l’année 2013, les besoins des personnes en termes de soins psychologiques restent significatifs en république centrafricaine.

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Cette demande sanitaire se manifeste particulièrement à Bangui où environ 60% de la population présente des symptômes de stress post-traumatique et nécessite un suivi psychosocial adapté et immédiat.

Lancé en 2018 sur financement du Fonds Bêkou, issu du programme de développement de l’Union Européenne, le projet « Bon retour à la maison », vise à soutenir les dynamiques de retour à Bangui à travers des mécanismes sociaux, économiques et de protection adaptés. L’initiative comporte un volet de soutien psychosocial pris en charge par Action contre la Faim, qui s’inscrit en complémentarité avec les activités de relance économique menées par les organisations humanitaires DRC et ACTED.

L’idée du projet soutenu par l’Union européenne était alors de répondre à cette demande de soin auprès des personnes en situation de retour dans les quartiers, tout en l’inscrivant dans une démarche de réintégration socio-économique.

Pour Ernest Tolmbaye, adjoint au responsable de programme de Santé Mentale et de Pratiques de Soins d’ACF à Bangui, il était important qu’une telle approche se conjugue avec la formation de praticiens centrafricains, au plus proche des populations vulnérables. Le partenariat noué dans ce cadre avec l’Université de Bangui achève ainsi une formation théorique en psychologie dispensée sur 5 ans avec un stage visant à familiariser les étudiants aux pratiques de soins, aux protocoles de prise en charge et à l’usage des outils développés par les équipes d’Action contre la Faim.

FAVORISER LA RÉSILIENCE ET L’INTÉGRATION DES PERSONNES TRAUMATISÉES EN CENTRAFRIQUE

Karine, qui, avec Sylvain, fait partie des 4 étudiants sélectionnés dans le cadre de ce programme de stage de trois mois, témoigne de cette volonté d’intégration pédagogique. La psychologie est une discipline exigeante, dont la pratique enseigne qu’il « est important d’être auprès de la population pour ressentir ses besoins. » explique Karine. Une démarche de proximité fondamentale dans le contexte centrafricain, dans lequel l’isolement des victimes reste la norme : « Quelqu’un qui a été blessé dans sa chair et psychologiquement reste le plus souvent dans le silence. »

"EN BRISANT LE SILENCE, L’ORGANISATION PREND LES DEVANT POUR VENIR EN AIDE AUX VICTIMES."

KARINE BANGUI, ÉTUDIANTE PSYCHOLOGUE

« Action contre la Faim donne aux étudiants la chance de voir la réalité sur le terrain et d’œuvrer dans le domaine de compétence qu’ils ont choisi ». Sylvain, étudiant en Master 2 de Psychologie clinique à l’université de Bangui. Il a pu, au second semestre 2019, associer sa formation universitaire à un stage pratique au sein des équipes spécialisées en Santé Mentale et Pratiques de Soins d’Action contre a Faim (ACF).

Dans ce cadre, les étudiant ont pu se familiariser avec une approche de prise en charge communautaire, obéissant au protocole PM+ préconisé par l’OMS, consistant à instituer des mécanismes de dialogue et de soutien au sein des familles et des communautés. « Il est important d’associer la famille des victimes. Car un suivi pourrait être alors effectué au sein même du foyer, et permettrait de faire avancer considérablement la progression psychologique des patients » détaille Karine. Une idée majeure de cette approche est de permettre d’instituer des mécanismes de soutien autonomes au sein des communautés, et ce « surtout au moment où la prise en charge s’arrête » afin d’inscrire l’action dans la durée.

La mise en place d’une équipe de suivi des patients pour une durée déterminée implique d’associer étroitement les familles des personnes en détresse psychologique dans le suivi des pratiques de soin.

LES ÉTUDIANTS EN PSYCHOLOGIE SE FORMENT AUX CÔTÉS D’ACTION CONTRE LA FAIM

Si l’université permet d’acquérir les bases théoriques essentielles à la formation de psychologues, l’insertion professionnelle s’avère néanmoins encore compliquée pour la mise en pratique, notamment car peu d’organisations s’avèrent encline à développer des partenariats avec l’université. Le Dr. Barthélémy Doui, en charge du département de psychologie, mis en place depuis 2014 témoigne de l’importance de pérenniser ce type de mécanismes : « malgré leur motivation, nos étudiants peinent à s’insérer dans les réseaux de praticiens existants, notamment au sein des organisations d’aide internationale ». Le département, constitué d’une trentaine d’enseignants, compte trois parcours en psychologie clinique, psychologie des organisations et psychologie du développement.