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La fusion nucléaire : de la fiction à la réalité ?

© iStock/LV4260

Avec la fusion, la transition énergétique n’est plus une utopie.

Si certaines énergies renouvelables actuelles ont leurs limites, du fait de leur intermittence, leur puissance énergétique, des réseaux d’infrastructure, des contraintes liées à l’approvisionnement des matières premières, d’autres initiatives encourageantes sont à l’étude.

L’une d’elles a atteint une étape charnière : l’énergie de fusion. Cette énergie alimente le soleil et tous les astres. Le principe est simple : il s’agit de faire fusionner des noyaux d’atome d’hydrogène pour générer une quantité phénoménale d’énergie. Pour y parvenir, il suffit de confiner un plasma dans un champ électromagnétique à plus de 100 millions de degrés.

En expérimentation depuis 1950, la technologie a connu une percée récente dans la science des matériaux, notamment celle des super aimants, indispensables pour contenir le plasma et produire plus d’énergie que consommée.

Des avancées ESG pleines de promesses

L’énergie de fusion présente de nombreux avantages environnementaux et sociétaux :

Sûre : à l’inverse de la fission nucléaire, il n’y a pas de réaction en chaîne dans la fusion nucléaire. Ce sont ces réactions en chaîne qui, s’il elles deviennent incontrôlables, entrainent la fonte ou l’explosion des réacteurs (Fukushima, Tchernobyl).

Puissante et peu encombrante : 1 gramme d’hydrogène permet de générer plus d’énergie que la combustion de 11 tonnes de charbon ou 8 tonnes de pétrole.

Infinie : l’hydrogène est l’élément le plus abondant de l’univers et présent sur Terre en grande quantité.

Propre : la fusion nucléaire n’émet pas de gaz à effet de serre. Elle génère de l’hélium, un gaz inerte non toxique. Il n’y a pas de déchets radioactifs.

Un déploiement industriel imminent ?

Tout l’enjeu réside dans la faisabilité industrielle de réacteurs nucléaires à fusion pour alimenter la Terre en énergie propre. Canadiens, Coréens du Sud et Américains sont à pied d’œuvre, via des startups. En France le réacteur préindustriel ITER est en cours d’assemblage. Il sera le plus puissant modèle du genre et devrait produire son premier plasma fin 2025.

Le réacteur de fusion nucléaire SPARC développé par la société américaine CFS (Commonwealth Fusion Systems) et le MIT (Massachusetts Institute of Technology) sera opérationnel en 2025 et coûtera 500M USD ; la première centrale à fusion ARC (environ 1,5 Mds USD vs. ITER 25-50 Mds USD) et devrait entrer en service au début des années 2030.

Ces efforts combinés pourraient permettre de déployer 2 000 GW de fusion nucléaire entre 2035 et 2055, soit 10% de la génération électrique mondiale actuelle (comme le nucléaire entre 1970 et 1990). Il n’est pas impossible que les états débloquent des subventions supplémentaires pour favoriser l’essor de cette technologie couteuse mais pleine d’espoir pour la transition vers un modèle énergétique sobre en carbone.

Une place à se faire pour les pétrolières dans la transition énergétique

Dans l’univers des entreprises cotées, les sociétés pétrolières se font régulièrement questionner par les investisseurs autour de leur stratégie face à la transition énergétique, que ce soit via un changement de leurs modèles d’affaires via des plans de CAPEX dans les énergies renouvelables, ou bien un calendrier de sortie des énergies fossiles classiques et non conventionnelles (pétrole et gaz de schiste, arctique, offshore ultra-profond, sables bitumineux…).

Certaines sociétés pétrolières on fait le pari d’une approche « out of the box » avec l’énergie de fusion. C’est le cas de ENI, qui a pris une participation active dans CFS (avec un siège sur 5 au conseil d’administration). L’américain Chevron a de son côté investi dans la start-up spécialisée Zap Energy, qui tente de stabiliser le plasma sans champs magnétiques. Ces exemples illustrent la façon dont les grandes pétrolières peuvent se faire une place au sein de la transition énergétique. En effet, le secteur est souvent exclu des fonds ESG à cause de politiques anti-énergies fossiles contraignantes de la part des investisseurs et des labels européens de finance durable existants.

En conclusion, les récentes percées technologiques ont permis à l’énergie de fusion de passer d’une phase d’expérimentation à une phase industrielle imminente. Les promesses d’assouvir les besoins énergétiques de la planète à partir d’une source infinie et non polluante semblent concrètes dès la prochaine décennie. L’intérêt porté à cette énergie de la part de certaines pétrolières témoignent d’un engouement qui peut contribuer à l’essor de cette filière d’avenir et à l’évolution de leur image de grands pollueurs. Dans un futur proche, nous pouvons faire le pari de voir émerger d’autres sociétés spécialisées dans la chaîne de valeur de l’énergie de fusion (accès aux matières premières, science des matériaux, transport et stockage des molécules, raccordement aux réseaux électriques...) et qui seront certainement subventionnées. En tant qu’investisseur, il nous revient de bien maîtriser le sujet et d’anticiper les prochaines pépites cotées qui s’exposeront à cette thématique, car la transition énergétique deviendra encore plus réelle.

Augustin Vincent, Responsable de la Recherche ESG chez Mandarine Gestion