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Le Léviathan et l’inflation

DR ©Shutterstock / Creativeneko

10 mai 1974 : la France subit le choc pétrolier. Ce soir-là, Valéry Giscard d'Estaing et François Mitterrand, désormais tous deux au Panthéon de nos Présidents disparus, s'affrontent sur le plateau de l'ORTF. La lutte contre l'inflation qui progresse alors en mars de 12,2% en rythme annualisé est présentée comme le fer de lance du programme du candidat Mitterrand.

Face aux propositions d'endettement et de nationalisation de la gauche, le Président Giscard d’Estaing tempère la fougue volontariste du programme socialiste : « les nationalisations ne font pas avancer l'économie » ; « la hausse des prix de l'arachide, nous n'y pouvons rien, elle est entièrement importée » répond-il à son adversaire.

Près de cinquante ans plus tard, le débat reste plus que jamais d'actualité. L'épidémie a ouvert la voie à une nouvelle ère de politiques économiques et monétaires autant axées sur la stabilité financière que sur l'urgence sociale au travers de potentielles politiques de redistribution (augmentation des salaires administrés, report de la réforme de l'assurance-chômage et des retraites). Le keynésianisme du XXIème siècle s'appelle plan de relance, plan de modernisation de l'outil productif privé, plan hydrogène… Il est directement financé par les banques centrales. L'Etat, ce Léviathan donné tantôt pour mort ne prône plus le retrait libéral ni l'austérité mais la providence. En échange de son soutien, il administre : les sociétés ayant bénéficié de garanties d'emprunt étatiques sont priées de suspendre le versement de dividendes. De façon endogène, les politiques de redistribution et les exigences environnementales auxquelles nous assistons sont génératrices d'inflation. L'accroissement des revenus des ménages les moins fortunés pour qui les dépenses alimentaires et énergétiques représentent le plus en proportion de leurs revenus peut rapidement stimuler la demande de matières premières. Les politiques environnementales, contraignantes, exigeantes en investissements, renchérissent les coûts de mise à disposition de l’énergie, des biens et des services.

Enfin, la façon dont la Chine a très rapidement rebondi économiquement avec une gestion très dynamique de ses stocks de matières premières a contribué à la hausse spectaculaire du prix des métaux industriels qui nourrit de façon exogène l'inflation constatée sur nos économies. Dans ce contexte, le risque inflationniste renaît : les anticipations d'inflation exprimées par les points morts (ou "breakeven") rebondissent en Europe comme aux Etats-Unis, où ils s'établissent à leur plus haut niveau depuis un an, à proximité de la cible d'inflation de la FED. Avec le creusement des déficits jumeaux aux Etats-Unis, cette tendance pèse très fortement sur le dollar qui évolue à un plus bas de 30 mois. C’est une bouffée d'air pour les pays émergents mais aussi un effet mécanique supplémentaire de renchérissement du prix des matières premières. Portant le prix du pétrole près de 50$, la hausse de près 30% du baril depuis début novembre ne nous rapproche en rien de la crise qui animait le débat présidentiel de 1974. Mais le retour de l'inflation au niveau cible des banques centrales a un effet majeur sur la gestion des portefeuilles d'actifs financiers.

Si les vaccins parviennent à être déployés, le retour de l'inflation pourrait être le thème dominant de l'année à venir.

Texte achevé de rédiger le 4 décembre 2020 par Thomas Planell, Gérant – analyste.