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INFO PARTENAIRE

COP24 : le temps de l’action ou des désillusions

Dans un contexte social et géopolitique compliqué, la COP24 a débuté en Pologne le dimanche 2 décembre dans un quasi anonymat. Pourtant, cette COP constitue une étape cruciale dans la mise en place de l’Accord de Paris qui ambitionne de limiter la hausse globale des températures « bien en dessous de 2 degrés » sous les niveaux préindustriels. 

En effet, c’est à Katowice en Pologne que doivent être définies les règles du jeu de l’Accord, en même temps que doit être établi un premier bilan des engagements climatiques afin d’envisager un renforcement des engagements nationaux. Malheureusement, le contexte géopolitique actuel ne laisse guère d’espoir quant à la capacité des négociateurs internationaux à proposer un cadre d’application et d’engagement ambitieux, alors que l’urgence climatique n’a jamais été aussi grande.

2018 : une nouvelle année record d’évènements climatiques extrêmes

Températures estivales records, ouragans en chaîne, inondations, incendies d’une intensité inédite, 2018 a encore été une année de tous les records en termes d’évènements climatiques extrêmes. La majorité des scénarios climatiques montrent d’ailleurs que cette tendance devrait continuer à s’intensifier avec la hausse des températures, et sans doute de manière exponentielle. 

Malgré ce constat alarmant, les émissions de gaz à effet de serre ont augmenté de 2% en 2018, et la tendance s’est accélérée par rapport à 2017 (1,6% de hausse). La Chine, l’Inde et les Etats-Unis ont été les principaux contributeurs à cette augmentation, alors que l’Europe enregistrait une légère diminution (-0,7%) de ses émissions de CO2. Plus inquiétant, la décorrélation entre croissance économique et émissions de CO2 observée ces dernières années s’est révélée bien moins pérenne qu’espéré. Rappelons que la plupart des trajectoires 2 degrés nécessitent un pic puis une baisse des émissions avant 2020 et un monde carbone neutre avant la fin de ce siècle, ce qui nécessite une forte diminution de l’intensité carbone de notre croissance économique.

Ce constat est d’autant plus préoccupant que le très attendu rapport spécial du GIEC quant aux actions nécessaires afin de contenir la hausse des températures en dessous de 1,5°C, qui est dans la lettre le réel objectif de l’Accord de Paris, appelait en octobre dernier à des changements « rapides, radicaux et d’ampleur inédite dans tous les aspects de la société ». Force est de constater que de telles mutations ne sont pas à l’ordre du jour.

 

L’enjeu clé de cette COP : établir les règles du jeu de l’Accord de Paris

L’intérêt médiatique et populaire autour de la 24e Conférences des Parties (COP) n’a rien à voir avec celle de la COP21 il y a 3 ans. Et pourtant, la COP24 est d’une importance cruciale : les négociateurs doivent terminer le travail entamé à Bonn l’an dernier pour définir les « règles du jeu » de la mise en place de l’Accord, notamment autour des enjeux clés de transparence et de contrôle des résultats. Cette COP doit également faire le bilan de ces 3 premières années pour envisager des engagements additionnels aux « contributions volontaires nationales » promises par chaque Etat signataire en 2015, un ensemble de promesses qui pour le moment nous emmèneraient sur une trajectoire de hausse de près de 3 degrés.

 

Le thème de la transition juste de nouveau au centre des débats

Le thème de la transition juste et des inégalités autour du défi climatique n’est pas nouveau. Il est même au cœur de l’Accord de Paris, qui mentionnait des « responsabilités communes mais différenciées » entre pays développés et pays en développement par rapport au changement climatique. Mais aujourd’hui les impératifs de lutte contre les inégalités et de justice sociale ne se lisent plus seulement entre pays développés et en voie de développement. La montée des mouvements populistes un peu partout dans le monde, les mouvements d’opposition à une transition perçue comme inégalitaire comme les « gilets jaunes » en France alertent sur la nécessité d’une « transition juste » au sein des nations et des territoires. Ces mouvements montrent bien qu’une réponse durable au défi climatique ne peut passer que par l’intégration des questions de progrès et de justice sociale au cœur des politiques de transition économique et écologique.

N’oublions pas néanmoins que les inégalités face aux effets du changement climatique sont elles aussi très importantes et qu’elles continueront de s’aggraver au fur et à mesure de la hausse des températures. Désertification, inondations, montée du niveau des eaux, pour bon nombre de pays en voie de développement, l’impact du changement climatique est une réalité qui rend d’ores et déjà certaines zones difficilement habitables. Aujourd’hui ce sont des milliers et demain sans doute des millions de personnes qui seront forcées à migrer vers des latitudes plus clémentes. L’action climatique se doit donc d’avancer d’un pas résolu, car pour beaucoup de territoires, chaque dixième de degré compte.

Dirigeants du monde, vous devez diriger. La survie de nos civilisations et de l’écosystème naturel dont nous dépendons est entre vos mains. », Sir David Attenborough, discours d’ouverture de la COP24

A l’heure où l’immensité et l’urgence du défi climatique appelle une collaboration et une solidarité entre nations inédites dans l’Histoire moderne, les tensions et les divisions s’intensifient entre et au sein de tous les continents. Il revient bien sûr aux dirigeants de ce monde de définir des politiques et un cadre économique permettant le déploiement d’une transition économique et écologique, qui soit à la fois inclusive et à la mesure de l’urgence du défi climatique. A ce titre, la mise en place de règles du jeu claires et de long-terme est appelée de ses vœux par une grande partie du monde économique. L’introduction et le renforcement de mécanismes de prix ou de taxe carbone, permettant une meilleure prise en compte des externalités négatives générées par nos modèles de croissance, est une option possible pour fournir des signaux de long-terme aux entreprises et à leurs investisseurs. Il en existe d’autres. Mais en tout état de cause, la définition rapide d’un terrain de jeu clair et de long-terme pour les acteurs économiques est la condition sine qua none d’une transition économique durable.