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ISR et performance financière

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En raison de ses considérations extra-financières, l’ISR s’est longtemps heurté –et se heurte encore- à l’appréhension de bon nombre d’investisseurs estimant que la prise en compte de critères ESG peut constituer un frein éventuel à la rentabilité financière. Ce notamment en raison de la réduction volontaire de l’univers d’investissement, via les approches d’exclusion et de sélection, nuisant de fait aux opportunités de diversification des portefeuilles, ou encore de potentiels coûts supplémentaires engrangés par l’analyse plus poussée des valeurs.

Pourtant, la littérature académique a depuis plus d’une dizaine d’années montré qu’il n’existait aucune différence significative de performance financière entre les fonds ISR et les fonds conventionnels : tout comme ces derniers, les fonds ISR cherchent à générer de la performance sur la durée, et disposent pour ce faire d’un atout non négligeable. L’intégration des critères ESG permettrait en effet une meilleure compréhension des sociétés et de leurs activités, et constituerait ainsi un bon moyen d’identifier des facteurs de risques qui ne sont pas pris en compte dans une analyse financière classique. A travers le score de bonne gouvernance par exemple, il est notamment possible d’écarter des valeurs exposées à de potentiels scandales de corruption ou de malversations, épargnant de fait les coûts éventuels liés à un procès. L’intégration ESG aurait donc, outre ses bénéfices environnementaux et/ou sociaux, un intérêt financier sur le long terme.

Christophe Revelli- Professeur de finance responsable et Directeur du MSc Corporate and Sustainable Finance de Kedge Business School : "Contrairement à ce qui a été dit dans la théorie financière, l’ISR ne pénalise pas du tout la performance, mais ne va pas non plus forcément générer systématiquement de la surperformance. Ce qui va générer de la rentabilité, c’est la capacité d’un gérant d’actifs à trouver les bonnes opportunités d’investissement. L’ISR est en revanche un excellent facteur d’identification des bons business models et de nouveaux types de risques qui n’étaient pas pris en compte avant, ce qui permet effectivement de réduire le risque et donc d’avoir un focus beaucoup plus large sur l’entreprise. Avec, finalement, la possibilité de générer de meilleures performances grâce à une vision plus transversale de l’investissement qui ne se réduit pas uniquement à des ratios purement financiers, puisque l’on va considérer l’aspect stratégique, la gestion du risque environnemental, la vision du management, la gouvernance, la transparence, qui sont autant de clés pour analyser l’entreprise et pour faire les bons choix. Par conséquent, c’est un facteur de décision fantastique qui permet à terme d’avoir un risque plus maîtrisé de ses investissements et donc, une performance plus intéressante".

Pierre Chollet- Professeur de finance à l’Université de Montpellier spécialisé en investissement responsable et membre du conseil scientifique du label ISR : "La performance d’un investissement, d’un portefeuille ou d’un fonds se mesure à la fois en termes de rentabilité et de risque. Il s’agit de deux éléments inséparables. Si l’on considère ces deux facteurs, il est généralement admis que le rendement des fonds ISR n’est pas inférieur à celui des fonds conventionnels, puisque la prise en compte de critères extra-financiers réduit à la fois le risque financier et le risque ESG (cet avantage est particulièrement sensible en période de crise), ce sans compromettre la rentabilité voire même parfois en l’améliorant dans le cas par exemple de certains fonds thématiques".

Exemple de cinq fonds labellisés performants sur la durée

©Gaël Nicolet/ID

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