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Green bonds, des outils de financement au service de la transition écologique

©Nattanan Zia/Shutterstock

Depuis quelques années, les green bonds se sont imposés parmi les leviers les plus connus de la transition vers une économie bas carbone. Mais en quoi consistent exactement ces obligations vertes, dont le marché devrait atteindre les 200 milliards de dollars cette année ?

Son nom est Bond. Green Bond. Et son objectif est de financer des projets à bénéfice environnemental, accélérant de fait la transition énergétique et écologique. Outil de la finance durable, l'obligation verte -ou green bond en anglais- fait depuis plusieurs années parler d'elle, au gré d'annonces multiples de la part d'acteurs variés.

Une obligation -pas tout à fait- comme les autres

Dans les faits, le green bond se présente comme un emprunt obligataire classique. Un acteur public (Etat, collectivité...) ou privé (entreprise, banque...) émet sur les marchés financiers une obligation, afin notamment de diversifier ses sources de financements, qui va être rachetée par des investisseurs. Mais à la différence de sa cousine, le green bond sert uniquement à financer des projets verts compatibles avec la transition énergétique et écologique. "Il s'agit d'une enveloppe dédiée au financement fléché vers des projets verts définis à l’avance. Ce qui signifie que l’émetteur de l’obligation ou de l’emprunt doit avoir au préalable identifié précisément les projets qui vont être financés avec cet argent", explique Anne-Claire Impérial, analyste ESG chez Sycomore AM.

Car le green bond se pare d'un certain nombre de prérequis avant et après émission, qui doivent permettre notamment d'assurer la transparence des opérations vis-à-vis des investisseurs. Outre la communication autour des projets ciblés, les émetteurs privés sont également tenus de rendre régulièrement des comptes sur l'utilisation des sommes empruntées. "EDF par exemple va faire chaque année un état des fonds levés au cours de l’exercice pour financer des projets verts dans le cadre de leur green bond. Puis réaliser un reporting détaillant les montants alloués à chaque projet, les capacités installées et, une fois que les projets ont vu le jour, les émissions évitées prévisionnelles".

Des normes en construction

Pour que les différents acteurs de ce marché en pleine expansion s'y retrouvent, diverses initiatives ont d'ailleurs vu le jour à partir des années 2010. A l'international, les Green Bond principles et la Climate Bond Initiative fixent un certain nombre de conditions relatives à l'émission d'une obligation verte. Par exemple sur les questions de reporting, ou de mise en place d'une comptabilité spécifique pour les émetteurs privés. Ce afin notamment d'assurer aux investisseurs "que leur argent va bien être utilisé pleinement pour les projets prévus et pas par l’émetteur lui-même".

En France, où les sujets de traçabilité et de reporting sont déjà bien pris en compte -notamment dans le domaine de l'investissement socialement responsable, autre levier de la finance verte-, d'autres acteurs peuvent intervenir au cours du processus. C'est le cas par exemple des agences Vigeo ou Oekom qui, au moment de l’émission, vérifient que l’émetteur a mis en place un processus de sélection des projets qui vont être financés "robuste et conforme à un certain nombre de critères assurant que le bond est vraiment vert." "Il y a donc un certain niveau de maturité en France, où les émetteurs sont habitués à faire valider leurs démarches par des acteurs externes. Il y a aussi parfois une validation par le commissaire aux comptes, comme ça été le cas pour EDF, que les fonds ont bien été dirigés vers les projets présentés. Il vérifie aussi les indicateurs d’impact publiés par l’émetteur".

Pour pallier au manque de normalisation sur le vieux continent, et notamment une définition commune de ce que désigne un investissement vert, le groupe d’experts sur la finance durable (HLEG), qui a remis son rapport à la Commission européenne il y a quelques semaines, a en outre recommandé la création d'un label pour les green bonds, ainsi que l'élaboration d'une taxonomie. Des avancées qui devraient permettre aux investisseurs de flécher plus facilement leur argent vers des projets contribuant à la transition énergétique en s'appropriant les leviers de la finance verte.

Un marché en pleine croissance

Car le green bond a la côte. Si elles ne représentent encore qu'une part "marginale" du marché total des émissions obligataires mondiales, comme le note Anne Claire Impériale, les obligations vertes ont connu une forte croissance ces dernières années. Selon les estimations de Standard & Poors, le marché devrait connaitre un volume d'émissions record en 2018, pour atteindre les 200 milliards de dollars, contre 155 milliards en 2017. Soit une progression de 30 %, toutefois moins importante que celles observées sur les cinq dernières années, de l'ordre de 80 %.

Une tendance notamment tirée par les Etats-Unis, la Chine et la France, qui a émis en janvier 2017 la plus grosse obligation verte souveraine du monde, mais aussi par des marchés émergents tels que le Nigéria ou le Maroc. Dans l'Hexagone, d'autres acteurs comme EDF, Engie ou même la Ville de Paris se sont déjà emparés de cet instrument.