Social

A Lyon, le réseau VRAC rend accessibles les produits bios et locaux

Eliette Orenes est bénévole depuis la création de VRAC. Séduite par le concept, elle est aussi cliente parce qu'elle apprécie la possibilité d'acheter des produits en petites quantités.
©Elodie Horn/ID

L'association VRAC propose tous les mois des commandes groupées de produits locaux et bios dans les quartiers populaires du Grand Lyon.

Cet après-midi, la distribution des commandes de VRAC se déroule au centre social de Vénissieux, aux Minguettes, un quartier populaire au sud-est de Lyon. « Ça fait longtemps qu'on ne vous a pas vu, c'est gentil de passer nous voir ! », lance tout sourire une bénévole. Boris Tavernier, chargé du projet VRAC le confirme, il n'a pas toujours le temps de se rendre sur place. Mais dès que possible, il va à la rencontre des bénévoles qui permettent aux 13 distributions mensuelles d'avoir lieu dans le Grand Lyon.

Ce projet, VRAC ou « Vers un réseau d’achat en commun », Boris Tavernier l'accompagne depuis son lancement. Ce dernier est né à l’initiative du bailleur Est-Métropole-Habitat, un organisme HLM rattaché à la Métropole de Lyon. « Il est parti du principe que lorsque les personnes n’ont pas d’argent, elles allaient au moins cher. Les magasins bios sont souvent éloignés et peu abordables pour les habitants des quartiers populaires », souligne Boris Tavernier qui est alors recruté pour développer ce projet. En 2014 lorsque VRAC voit le jour, il est expérimenté dans trois quartiers populaires : les Noirettes à Vaulx-en-Velin, la Duchère à Lyon ainsi qu'ici, aux Minguettes de Vénissieux.

Un euro d'adhésion minimum pour les habitants du quartier

Dix autres lieux de distribution ont depuis essaimé à travers la Métropole lyonnaise, toujours avec le même concept. « L'objectif est de permettre aux habitants des quartiers populaires d'avoir accès à des produits de qualité, qui soient locaux et/ou bios. Nous réalisons des commandes en grande quantité auprès de grossistes et de producteurs. Tous les mois, les adhérents qui payent à l'année un minimum d'un euro pour faire partie du réseau, passent leur commande avant de venir les récupérer », précise Boris Tavernier.

Les commandes se font au préalable par mail mais aussi sur place. Tout simplement car certains adhérents, comme Nadia Tellis, une habitante du quartier qui fait partie de VRAC depuis ses débuts, n'ont pas d'accès Internet. Depuis 4 ans, elle reste fidèle à l'association en tant que bénévole mais aussi comme cliente. « Lorsque je prends des produits bios à Casino, je vois la différence. J'y ai acheté des boissons et de la sauce tomate, en plus d'être plus chers, ils ne sont vraiment pas de la même qualité. Même ma fille l'a remarqué », ajoute cette mère célibataire.

Nadia Tellis, habitante des Minguettes est une fidèle cliente et bénévole de VRAC depuis son lancement à Vénissieux. Pour elle, il n'y a pas de comparaison possible entre les produits du rayon bio du Casino à ceux proposés par l'association.
©Elodie Horn

Créer de la mixité « en mettant les mains dans le même paquet de farine »

Pour permettre d'obtenir les prix les plus attractifs possibles, les produits sont vendus en vrac. Rémi Chauvin, habitant d'un autre quartier de Vénissieux, a découvert l'association grâce au défi « 0 gaspi » lancé par la Métropole de Lyon. « Nous faisons partie des 30 familles qui réalisent ce défi à Vénissieux. Nous nous rencontrons pour nous donner des conseils afin de réduire nos déchets. J'ai découvert VRAC grâce à eux et je viens pour la première fois faire mes courses avec mes contenants. Il n'y a pas de légumes ou de viande mais les prix sont très intéressants », précise-t-il. Il s'agit d'un autre objectif de VRAC, créer de la mixité au sein des quartiers en « mettant les mains dans le même paquet de farine », analyse Boris Tavernier. « Tout le monde peut venir dans notre réseau. Pour les personnes qui ont plus de moyens, nous demandons une adhésion solidaire plus élevée et les produits sont 10 % plus chers pour eux. Cela nous permet aussi de faire vivre l'association, en plus de divers financeurs ».

Après avoir cherché sa commande, les courses sont payées sur place par les clients de VRAC. Paolo Kervarrec en service civique dans l'association se charge d'encaisser les adhérents en partant.
©Elodie Horn

Lauréat de la fondation « la France s'engage »

VRAC emploie actuellement 4 personnes, dont Paolo Kervarrec en service civique. « J'aide depuis septembre à la gestion des commandes, les factures ou encore à la logistique », précise le jeune homme de 19 ans présent pour superviser la distribution des 44 commandes effectuées ce mois-ci. « J'ai beaucoup appris sur la structure, comment trouver des produits et des financements. VRAC vient d'ailleurs d'être récompensé par la Fondation « la France s'engage »», annonce Paolo Kervarrec. L'association va recevoir une dotation de 250 000 euros sur 3 ans grâce à ce prix. Il récompense les structures de l'économie sociale et solidaire qui portent un projet d'intérêt général. Une excellente nouvelle pour Boris Tavernier dont le réseau va continuer de se développer. « Cela va permettre de consolider les autres VRAC qui sont déjà présents en France, comme à Strasbourg et Bordeaux. Nous avons aussi beaucoup de demandes d'autres villes pour s'y implanter, comme à Paris ou Toulouse, où le projet est bien avancé ».