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CetteFamille : des familles d’accueil comme alternatives à la maison de retraite

Paulette (91 ans) est accueillie chez Sabrina dans le Pas-de-Calais
©CetteFamille

CetteFamille regroupe des familles prêtes à accueillir chez elles, contre rémunération, des personnes âgées en perte d’autonomie. Entretien avec Agathe Pommery, co-fondatrice de la start-up.

Les personnels des maisons de retraite sont en grève ce mardi 30 janvier. Ils dénoncent leurs mauvaises conditions de travail, et particulièrement le nombre insuffisant de soignants, qui impactent la qualité de vie des résidents. Au-delà des problématiques qui agitent ces centres spécialisés, c’est toute la question de la prise en charge des seniors qui se pose. L’occasion de se demander également quelles alternatives existent pour les personnes âgées dépendantes. Nous nous sommes entretenus avec Agathe Pommery, co-fondatrice de CetteFamille, une start-up lancée en juin 2016 avec son associé Paul Alexis Racine Joudren, qui fédère un réseau de familles d’accueil prenant en charge des personnes jusqu’à un certain niveau de dépendance.

Agathe Pommery et Paul-Alexis Racine Joudren ont créé la start-up CetteFamille, en 2016
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Qu’est-ce que l’accueil familial et quels services propose « CetteFamille » ?

L'accueil familial est un dispositif qui permet à des familles agréées par les conseils départementaux d’accueillir une à trois personnes en perte d'autonomie, en échange d'une rémunération. CetteFamille fédère un réseau de plus de 2200 familles agréées. Nous proposons des services d'accompagnement pour les personnes âgées et les aidants (informations, mise en relation, démarches administratives, solutions de remplacement pendant les vacances…). Nous avons accompagné plus de 600 personnes âgées et aidants en 2017.

Qu’est-ce qui vous a poussée à monter ce projet ?

De mon côté, j'ai une grand-mère en maison de retraite depuis plus de 10 ans. Son entrée dans l'établissement a été très douloureux. Elle a perdu beaucoup d'autonomie, notamment l’usage de la parole, revenue un an plus tard. C’était sa façon de montrer qu’elle n’avait pas voulu de ce mode de vie.

Paul-Alexis, mon associé, avait aidé son voisin en Normandie à trouver une famille d'accueil pour son papa qui ne voulait plus habiter seul. Ils ont trouvé sur Leboncoin des dizaines d'annonces de familles prêtes à accueillir des personnes, dont une à 50 km, dans le département d'à côté. En creusant, on s'est aperçu qu'il y avait 10 000 familles agréées en France, qui avaient de la place chez elles (seulement 70 % des places sont pourvues), et qui avaient beaucoup de mal à se faire connaître.

Ce qui est important pour les personnes âgées, c’est qu’elles puissent avoir le choix de leur mode d’hébergement."

Les personnes âgées sont-elles mieux prises en charge qu’en maison de retraite ? Pourquoi ?

Le métier des familles d'accueil consiste en trois missions : proposer une chambre d'au moins 9 m2 au cœur de leur logement, assurer toute la coordination des soins (c'est-à-dire faire appel à tous les professionnels de santé en fonction des besoins de la personne) et intégrer la ou les personnes accueillie(s) à leur vie de famille. Il s'agit donc d'un accompagnement sur-mesure, 24 heures/24 et 7 jours/7, dans un cadre de vie chaleureux et convivial.

Quel est le profil des familles accueillantes ? Quelles sont les garanties pour être certains que la personne âgée soit bien prise en charge ?

Un agrément de cinq ans est donné par les conseils départementaux aux familles d’accueil, après une enquête sociale pour vérifier que le projet de vie et l’habitat sont bien adaptés. Une formation est également délivrée aux aidants. Puis, les visites du conseil départemental, du personnel médical et des proches permettent un contrôle a posteriori. Nous faisons également des visites de courtoisie pour s’assurer que tout se passe bien. L'agrément est généralement délivré à des femmes (97 %), d'une cinquantaine d'années (de 53 ans en moyenne), qui habitent à la campagne. Bien souvent, les accueillants ont travaillé dans le milieu médico-social (hôpital, EHPAD, accueil de jour…) et souhaitaient exercer leur métier à domicile pour s'occuper au mieux des personnes.

Doit-on regretter que ce ne soit pas les véritables familles de la personne âgée qui la prennent en charge ?

Non, car l'accueil est le métier des familles accueillantes. Elles sont formées et agréées pour accueillir des personnes dont la perte d'autonomie devient trop lourde pour la famille proche. La vie active éloigne de plus en plus la famille proche de son lieu de vie, or la prise en charge contraint le maintien à domicile.

Pouvez-vous nous donner des exemples d’expériences positives de personnes âgées qui ont préféré ce système à la maison de retraite ? Quel est l’élément déterminant qui fait que l’accueil familial est choisi ?

Nous en avons des centaines ! Jacqueline, dans le 77, qui est sortie de maison de retraite pour aller vivre chez Catherine. A son arrivée, elle ne parlait presque plus, avait de la peine à marcher et des pertes de mémoire. Au bout de quelques jours, elle a recommencé à s'ouvrir, a retravaillé sa mémoire, retrouvé du vocabulaire, et est même redevenue coquette en réclamant ses séances de coiffure ! L'élément déterminant pour faire ce choix est celui de l'accueil : elles sont « comme à la maison », avec une famille avec qui elles s'entendent bien, dans un cadre sécurisant.