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Philippe Zaouati : « La transition vers la finance verte ne pourra pas se faire sans les citoyens »

Philippe Zaouati, directeur général de Mirova.
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Philippe Zaouati est le directeur général de la société de gestion Mirova et a participé à l'élaboration du rapport sur la finance durable remis à la Commission européenne fin janvier. Il revient sur les enjeux d'une transition vers une finance verte au sein de l'Union européenne.

La Commission européenne doit présenter en mars prochain son plan d'action pour accélérer le développement de la finance durable sur le continent. Qu'attendez-vous de ces annonces ?

Il y a un ensemble de recommandations extrêmement larges dans le rapport que nous avons rendu il y a deux semaines. Globalement, ces dernières visent à réellement réintégrer les aspects environnementaux et notamment les aspects climat dans toute la chaîne financière. Aussi bien au niveau des banques que des assurances, des sociétés de gestion, des citoyens et de l’épargne. Nous espérons maintenant que tout ce que nous avons écrit dans le rapport sera repris. Qu'il n'y aura pas juste une sélection de quelques recommandations mais qu'il s'agira bien d'un plan global, avec une réelle vocation à transformer le système financier.

Quelles sont les principales recommandations du rapport du HLEG ?

Ces recommandations s’articulent autour d’un certain nombre de grands axes. En premier lieu, la définition de ce qu’est la finance durable, par le biais notamment de l'élaboration d'un système de références, une taxinomie. En caractérisant par exemple ce qu'est un actif vert ou encore en créant des standards et des labels, en particulier pour le marché des green bonds ou des fonds d'investissement verts et durables. Ensuite, en améliorant la communication avec les investisseurs finaux, notamment en demandant aux épargnants leurs préférences en termes d’impact environnemental et social. Ce point est suggéré pour les réseaux bancaires et pour les réseaux d'assurance. Il s'agit à la fois d'améliorer la compréhension de ce qu'est la finance verte et de faire connaitre aux investisseurs les circuits pour y avoir accès.

Ensuite, nous avons un axe qui s'intéresse à la transparence des entreprises et des acteurs de la finance. Notamment les questions adjacentes au reporting climat. Nous avons suggéré en quelque sorte une transcription dans le droit européen des recommandations de la TCFD (Task Force on Climate Disclosure) et, d’une certaine façon, une extension de ce que nous avons déjà mis en place en France avec l’article 173 de la loi sur la transition énergétique.

Enfin, de façon plus générale, il y a des points qui abordent la façon dont on peut simplifier et harmoniser la responsabilité des acteurs financiers et des investisseurs dans la régulation européenne. C'est ce qu’on appelle la responsabilité fiduciaire : quelle doit être la responsabilité d’un investisseur vis-à-vis des sujets non financiers et climatiques ? Nous souhaitons qu’il y ait une harmonisation globale au niveau du droit européen.

Il s'agit à la fois d'améliorer la compréhension de ce qu'est la finance verte et de faire connaitre aux investisseurs les circuits pour y avoir accès.

A l’échelle des citoyens quels changements pourrait amener la transition vers une finance plus verte ?

C’est très important que les citoyens soient impliqués dans cette évolution. La transition ne pourra pas s'opérer sans eux. Aujourd’hui, la finance durable et verte représente quelque chose d’extrêmement marginal au niveau de l’épargne des ménages. Nous souhaitons d’abord que ces produits d’épargne financière verts soient identifiés pour pouvoir être reconnus par les épargnants, afin qu’ils puissent exprimer leurs sentiments et leurs choix sur ces questions. De la même façon que nous pouvons facilement identifier les produits bio dans la consommation de biens alimentaires, nous voudrions atteindre le même résultat sur les produits financiers. Avec des produits qui soient facilement reconnaissables, crédibles et qui permettent aux épargnants de mieux comprendre où est dirigé l’argent qu’ils investissent. C’est un enjeu fondamental.

De la même façon que nous pouvons facilement identifier les produits bio dans la consommation de biens alimentaires, nous voudrions atteindre le même résultat sur les produits financiers.

Vous prônez que Paris doit devenir la capitale mondiale de la finance verte, qu’entendez-vous par là ?

Aujourd’hui, il y a une compétition qui s’organise entre les places financières, qui se rendent compte que c’est un facteur de compétitivité et d’attractivité. Et nous sommes dans un contexte où Paris a en son sein des avantages compétitifs assez importants, un écosystème extrêmement favorable à la finance durable. Notamment parce que l’investissement responsable est pratiqué depuis assez longtemps par les structures financières. Mais aussi parce que depuis, la COP21 est passée par là et qu'il y a une très bonne collaboration entre le gouvernement et les acteurs de la finance dans ce domaine. Tous ces éléments font que nous sommes dans un environnement extrêmement positif et que vu de l’extérieur, la France est actuellement clairement identifiée comme un leader sur ces thématiques. Maintenant il s’agit de ne pas s’endormir sur ses lauriers, parce que l’ensemble des autres places financières vont s’y mettre aussi. Il est donc important de travailler sur nos forces pour faire de cette finance durable un élément fondamental de la place de Paris. C’est ce qui nous fera réussir.

Nous sommes dans un contexte où Paris a en son sein des avantages compétitifs assez importants, un écosystème extrêmement favorable à la finance durable.