Environnement

Quand les abeilles préfèrent la ville aux champs

©Marie Vabre/ID

Imaginer le futur de l’Homme sans insectes pollinisateurs... impossible ! Ils contribuent à la pollinisation de plus de 80 % des espèces de plantes à fleurs de notre planète. C’est grâce à eux que l’on retrouve cette incroyable variété dans nos assiettes. Face au déclin inquiétant des abeilles à la campagne, une multitude d’initiatives œuvrent à leur préservation en ville. Des vocations d’apiculteurs citadins fleurissent même sur le bitume. Du miel urbain, une idée saugrenue ?

Si les abeilles nous régalent de miel, leur mission est surtout de polliniser nos champs. Elles se chargent de la fécondation des plantes à fleurs cultivées pour notre alimentation, qui donnent les fruits, les légumes, les oléagineux, les protéagineux, le café, le cacao, les épices… Autrement, nos productions se limiteraient essentiellement aux céréales. La contribution des pollinisateurs sur nos cultures alimentaires mondiales a même été estimée par des chercheurs, entre 235 et 577 milliards de dollars. En France, le service de pollinisation s’évalue à 1,5 milliard d’euros par an.

La nature disparaît à la campagne

Ces dernières années, certains jugent que le bonheur des abeilles n’est plus dans le pré, mais en ville ! Depuis le milieu du XXème siècle, les populations de pollinisateurs déclinent dramatiquement. L’utilisation massive des pesticides en agriculture intensive, comme le célèbre Roundup de Monsanto, est dénoncée par les apiculteurs. C'est en particulier le cas des insecticides néonicotinoïdes. En octobre dernier, l’autorisation de mise sur le marché de nouveaux produits a provoqué leur colère. A compter de septembre 2018, cinq de ces substances devraient être interdites en France.

La destruction des milieux naturels par la monoculture et l’urbanisation, ainsi que le changement climatique accélèrent le phénomène. En cas d’été trop chaud par exemple, les abeilles ont moins de ressources en eau et consomment beaucoup d’énergie pour climatiser la ruche. « Après une récolte de miel en 2016 en-dessous des 10 000 tonnes, l’année 2017 sera tout aussi catastrophique », s’est récemment alarmée l’Union Nationale de l’Apiculture Française (UNAF).

La biodiversité est favorisée en ville

« Comment expliquer que les abeilles se portent si bien en milieu urbain, alors qu’elles sont si mal à la campagne, censée être leur habitat naturel ? », pointe Dominique Céna, apiculteur et secrétaire général adjoint de l'UNAF. Plusieurs explications : certaines collectivités ont adopté une politique d’entretien naturel de leurs espaces verts depuis des années, favorable à la biodiversité. Depuis janvier 2017, toutes ont interdiction de pulvériser des produits chimiques dans l’espace public. Pour participer à la préservation de ces précieux insectes, plusieurs programmes ont cours partout en France, y compris en ville. L’association Agir pour l’Environnement a lancé la campagne : « Zones de BZZZ », pour inviter le public à semer des graines de fleurs nectarifères et pollinifères. Balcons, jardins, pieds d’immeuble deviennent ainsi des terres d’accueil pour les butineurs. « Plus de 3000 sachets de graines ont été commandés via la campagne de crowdfunding Ulule, un véritable succès ! », se réjouit Antoine Lagneau, chargé de mission pour l’association.

Des toits pour les abeilles

Un programme d’un tout autre style est mené par l’Union Nationale de l’Apiculture Française (UNAF) : L’Abeille, sentinelle de l'environnement® qui regroupe une soixantaine d’acteurs publics et d’entreprises privées. Il s’agit d’installer des ruches sur les toits des immeubles, mais pas seulement. Pour éviter le greenwashing, le partenaire doit présenter des engagements environnementaux et intégrer une démarche pédagogique globale. « Ne nous leurrons pas, le programme ne vise pas à pallier au déclin de l’abeille », explique Dominique Céna, apiculteur et secrétaire général adjoint de l’UNAF. « C’est un outil de démonstration et de sensibilisation. Si les abeilles sont mieux en ville, c’est bien qu’il y a de véritables problématiques en milieu rural. Cette année, j’ai fait mes plus belles récoltes à Paris. Elles ont été meilleures qu’en Val de Marne… ».

Le buzz des ruches en ville

Un atelier de découverte de l'apiculture organisé par HappyCulteur à La Recyclerie, Paris 18e.
©Marie Vabre/ID

Cependant, attention à l’effet de mode ! Les abeilles ne sont pas des animaux de compagnie et on ne s’improvise pas apiculteur, ne serait-ce que pour des raisons de sécurité. Avant de se lancer, il est indispensable de suivre une formation auprès d’un rucher école reconnu. En termes de réglementation, tout aménagement de ruches nécessite un accord du propriétaire des lieux. Les distances à respecter, par rapport aux propriétés voisines ou aux voies publiques, sont déterminées par chaque maire. Dans la capitale, toute nouvelle installation doit être déclarée à la Direction Départementale de la Protection des Populations de Paris. L'association HappyCulteur propose des ateliers d'initiation à l'apiculture pour sensibiliser les franciliens.

Abeilles domestiques et sauvages, gare à la concurrence

« A Paris, on est passé de 300 ruches en 2013, à bientôt 1 000 en 2018. Le miel est de bonne qualité mais le rendement a déjà baissé », décrypte Benoît Geslin, chercheur à l’Institut Méditerranéen de Biodiversité. « Si l’abeille mellifère est la seule à produire du miel en quantité, toutes les espèces ont leur importance dans la pollinisation des cultures et le maintien de la flore sauvage. Il faut être vigilant sur la surpopulation et la concurrence entre pollinisateurs en ville ». Pour accompagner son ambition de « Cité aux 1 000 ruches », la Mairie de Paris devra donc respecter son engagement d’augmenter la quantité d’espaces végétalisés. Plus de butineurs en ville ? Oui, mais aussi plus de fleurs !


 

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