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Simplon.co : la formation au code accessible à tous

©sabrisy/Shutterstock

Depuis maintenant quatre ans, le réseau d'écoles Simplon.co dispense des formations gratuites au code, en pariant sur la diversité des profils.

Tout le monde peut coder. A condition toutefois d'aimer ça et d'être motivé. Tel est le leitmotiv de Simplon.co, un réseau d'écoles qui propose, depuis bientôt cinq ans, des formations gratuites au code à des personnes éloignées de l'emploi. Développement, data, cyber sécurité... les « fabriques » dispensent des apprentissages en accéléré sur un secteur porteur avec, pour ambition, d'amener de la diversité et du social dans le monde du code.

Le code accessible à tous

Il faut dire que les métiers du numérique ne sont pas ceux où l'on rencontre le plus de mixité, commente Frédéric Bardeau, président et co-fondateur de Simplon.co : « C’est un secteur et un milieu où il n’y a pas beaucoup de femmes, pas beaucoup de gens peu diplômés, pas très grand public ». Un constat qui a poussé les créateurs de l'école, pendant la conception du projet, à s'affranchir du modèle américain duquel ils se sont inspirés :

Nous avions repéré, dès 2010, le système de « bootcamps » aux Etats-Unis qui consistaient en des formations accélérées pour répondre à la pénurie de développeurs et qui visaient les personnes qui voulaient se reconvertir dans la tech. On a décidé d'importer le concept, mais avec l’idée qu’il soit gratuit et pas forcément adressé à des gens déjà en place ou voulant changer de travail, mais plutôt à des demandeurs d’emploi.

Partant, Simplon.co a décidé d'ouvrir ses formations en priorité à des personnes issues de territoires complexes, en difficulté, ou sous-représentées dans le milieu du code : décrocheurs, jeunes des quartiers prioritaires, personnes en situation de handicap, réfugiés, femmes... « On croit souvent que ces métiers-là sont réservés à des ingénieurs, qu’il faut être super bon en maths… alors que ce n’est pas forcément vrai. Il y a toute une catégorie de compétences qui sont accessibles non pas à n’importe qui mais à tout le monde », explique-t-il.

Un secteur porteur

Pour réussir ce pari, le réseau dispense une formation gratuite puis assure l'accompagnement dans la recherche d'alternances ou d'emplois. « Comme on connaît bien les besoins des entreprises, qu’on connaît bien la tech, on arrive à sourcer des personnes qui ne se croient pas forcément capables d'exercer ces métiers mais qui peuvent le faire », poursuit Frédéric Bardeau. Seul prix à payer, les intéressés doivent montrer une réelle motivation avant de candidater sur le site :

Simplon.co ne sélectionne pas sur des critères de niveau, d'expérience ou de diplômes. Par contre, nous regardons la motivation et ce que l'on appelle l'appétence des candidats. Est-ce qu'il y a de la rigueur ? De la logique ? Et puis, est-ce qu'ils vont s'éclater en faisant ça ? Donc il y a un processus de sélection : bienveillant, inclusif mais sélectif quand même.

Résultat ? Le succès est au rendez-vous. Après un peu plus de quatre ans d'existence, Simplon.co revendique près de 1500 personnes formées, et un retour à l'emploi de 80 %. « Les métiers du numérique sont des métiers en tension, où il y a beaucoup de postes non pourvus. Donc c’est un gros appel d’air d’employabilité et d’insertion professionnelle », explique son président.

A la conquête de nouveaux territoires

Mais Simplon.co ne compte pas s'arrêter là. En 2013, tout a commencé avec un premier centre installé à Montreuil. Le réseau, qui a le statut d'entreprise de l’économie sociale et solidaire, adopte un modèle économique hybride, basé en partie sur le financement classique de la formation professionnelle (OPCA, financements de pôle emploi ou régionaux...) mais aussi sur le mécénat et les subventions grâce notamment à son action sociétale. « Simplon réussit à fédérer des gens provenant de milieux très différents, qui ont des expériences variées et qui sont potentiellement des développeurs en puissance. » explique ainsi Christine Kolb, associée fondatrice chez Sycomore AM, dont la fondation est l'une de celles qui ont participé au financement.

Aujourd'hui, ce sont plus de 40 fabriques qui ont vu le jour en France, mais aussi à l'étranger. Et notamment en Afrique, où le réseau a tenté plusieurs expériences, avec par exemple l'ouverture en 2017 d'une école à Dakar, en partenariat avec Orange et des projets au Maghreb. « L'objectif pour les prochaines années est d'ouvrir des centres de formation partout où il y en a besoin » détaille Frédéric Bardeau. « (En France) Nous avons déjà maillé le terrain dans les quartiers populaires, mais nous aimerions maintenant faire plus d’efforts sur la ruralité, qui dénombre aussi beaucoup de laissés pour compte ».

Des enjeux d'ouverture qui se trouvent aussi au niveau des offres de formation, qui devraient s'étendre sur d'autres champs du numérique, comme l'intelligence artificielle et la data. « Nous voulons envoyer un gros signal en disant « tout le monde croyait que le métier de développeur est réservé aux ingénieurs, mais nous avons prouvé que ce n'était pas le cas ». Maintenant, beaucoup pensent que l'IA est inaccessible, pourtant il y des métiers dans ce domaine qui sont accessibles à des décrocheurs, à des réfugiés, à des seniors ».