Education/Citoyenneté

Comment sensibiliser ses enfants au respect de l’environnement ?

©Oriol san juan/Shutterstock

Complexité des sujets, manque d’informations, peur d’effrayer les plus jeunes… Pour les parents, aborder la thématique de l’écologie avec leurs enfants en bas âge peut se révéler un véritable casse-tête. Pourtant, il existe des solutions simples pour permettre aux petits de rentrer en phase avec leur environnement. Interview de Claire Grolleau Escriva, présidente de l’association Ecolo Crèche, qui incite depuis plusieurs années les établissements de la petite enfance à mettre en place des pratiques durables et à intégrer des notions liées à l’environnement dans l’éducation des petits.

Quand peut-on commencer à parler d’écologie à ses enfants ?

Pour vraiment parler du concept d'« écologie » avec son enfant il vaut mieux attendre qu’il ait au moins 7 ou 8 ans. Mais ça ne veut pas dire qu’on ne peut pas parler d’écologie, c’est-à-dire de biodiversité, de milieux naturels, de jardinage, d’animaux ou de plantes aux plus jeunes.

 On dit souvent que les enfants ne vont pas comprendre le concept d’écologie, mais ça même les adultes ont du mal à le capter.

En revanche, dès tout petit il faut utiliser les capacités des enfants en fonction de leur âge. L’enfant très jeune est naturellement connecté à son écosystème. Il a les sens en éveil et n’est pas freiné ou contraint par une réflexion qui pourrait venir étouffer ce lien. Il faut donc le mettre en relation avec son écosystème et avec la nature via tous ses sens. Dans le meilleur des cas on le fait dans un milieu naturel, sinon ça peut être dans un jardin urbain par exemple. Et si vraiment c’est impossible, il reste des supports vidéo, des livres… Les contes pour enfants font beaucoup appel à la nature et les héros sont souvent des animaux. Cela ne signifie pas que l’enfant va comprendre le concept d’écologie ou de science environnementale. Mais a-t-on besoin de le comprendre pour le respecter ? Ce qui est important c’est ce contact physique avec la nature.

Faut-il leur parler des enjeux liés à ces questions ?

Je défends l’idée que si on en est là aujourd’hui c’est parce qu’on s’est vraiment déconnecté de notre écosystème. Aux jeunes enfants, il ne faut pas nécessairement expliquer le réchauffement climatique, mais surtout veiller à les garder le plus possible en contact avec la nature. Le plus efficace, c’est de les laisser faire dans un cadre sécurisant. Ce sont des mots qui sont importants dans le monde de la petite enfance. Le jeune enfant a besoin d’explorer, de tâtonner, de découvrir par lui-même tout en étant accompagné.

Plus tard, quand l’enfant acquiert un pouvoir d’abstraction plus important et qu’il est moins centré sur lui-même, il peut commencer à réfléchir un peu plus largement et se rendre compte que quand on agit de telle manière avec l’eau par exemple, il y a un impact à plus grande échelle.

Et dans la vie quotidienne, que peuvent faire les parents ?

Je pense que la meilleure façon qu’a l’adulte d’instaurer de bonnes pratiques dans le quotidien de l’enfant, c’est évidemment de les adopter lui-même. L’enfant va voir ça comme un geste normal et le fera de lui-même sans qu’on ait besoin de lui expliquer pourquoi.

Prenons un exemple : si vous recyclez, l’enfant va bien voir que vous ne mettez pas les emballages dans le même sac poubelle que le compost ou les déchets ultimes. Les enfants en général et les très jeunes en particulier adorent mimer les grands et donc la meilleure façon de leur faire intégrer cette façon de consommer, de vivre, c’est de le faire soi-même. On n’est donc pas un donneur de leçons mais un adulte impliqué, engagé, qui prend sa consommation en main et que l’enfant va vouloir imiter.

Cela fonctionne aussi avec les déchets : si j’utilise des pots de yaourt ou de confiture pour stocker de la nourriture, l’enfant intègre plus facilement le fait d’utiliser des pots de récup’ pour jouer à la dinette ou ranger ses cailloux. On lui donne par là une autre habitude du déchet, qui devient un objet à part entière et non quelque chose qu’on élimine de sa vue et qui va être incinéré à 200 km de là.

Il faut donc avant tout que le parent exprime toute son écocitoyenneté à la maison pour que l’enfant fasse pareil sans avoir besoin de lui expliquer le pourquoi du comment. Il va s’approprier ça le plus naturellement du monde et puis plus tard, quand il ira à l’école, les enseignants vont lui expliquer et il va commencer à lire des informations… tout ça va prendre peu à peu sens.

Selon vous, est-ce que ces thématiques sont bien abordées/mises en avant à l’école ?

J’ai beaucoup travaillé avec des écoles et je peux vous dire en tout cas que le programme scolaire aborde bien les notions de développement durable et d’écologie de façon progressive. Dès la grande section, on s’intéresse aux questions d’écologie et d’éco-citoyenneté et beaucoup d’associations interviennent dans les écoles. C’est le cas par exemple du réseau Ecole et Nature, qui organise des activités scolaires et périscolaires. Mais il y a aussi des fermes et des jardins pédagogiques, des maisons de l’éco-citoyenneté…

Plus tard, pendant l’enseignement secondaire, ces questions sont aussi au programme. Mais je pense que les enseignants ne sont pas assez formés et n’ont pas toujours assez d’appétit pour mobiliser les élèves. C’est compliqué pour un adulte qui lui même ne maîtrise pas forcément ces notions. Peut-être que l’éducation nationale devrait reformer un peu la formation des enseignants sur ces sujets.

*L’association Ecolo crèche incite les établissements de la petite enfance à mettre en place des pratiques durables et à intégrer des notions liées à l’environnement dans leurs programmes. Aujourd’hui 270 crèches sont engagées dans la démarche Ecolo crèche sur le territoire français et environ 70 sont labélisées.