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Un potager sur le mur de ma cuisine

©IciTerre

Les nouveaux acteurs de l’agriculture urbaine ne manquent pas de créativité. Non contents d’envahir les toits, ils s’invitent de plus en plus dans nos intérieurs, grâce, par exemple, à des alvéoles à micropousses.  

Pour produire de la nourriture pleine de vie dans une cuisine grande comme un mouchoir de poche, il existe désormais des solutions simples et efficaces. Vous avez peut-être déjà testé les succulents pleurotes poussant sur du marc de café de La boîte à champignons ? Vous vous laisserez éventuellement tenter un jour par la spiruline fraiche de Alg and You. La start-up toulousaine innove en lançant auprès du grand public des cuves pour cultiver la spiruline chez soi et la consommer aussitôt. Cette algue microscopique — très recherchée pour sa richesse en protéines, fer, magnésium, vitamines et antioxydants — n’était jusque là disponible sur le marché qu’une fois séchée. Notez que les cuves d’Alg and You sont en phase de test, les premières seront livrées fin 2018. D’ici là, il est possible que vous ayez installé sur la table de votre salon un aquarium-potager de CitizenFarm. Ces spécialistes de l’aquaponie sont eux aussi toulousains. Ils ont créé un dispositif adapté aux appartements. Les déjections de poissons y sont transformées, grâce à des bactéries, en nitrates qui viennent nourrir des plantes aromatiques, placées juste au dessus.

Des alvéoles à micropousses

De mon côté, je sais ce que je veux qu’on m’offre à Noël : un mur comestible de Ici Terre ! Cette association parisienne, créée en 2015, a une démarche globale réjouissante. Elle propose des ateliers de yoga, Qi-Gong, méditation ou énergétique chinoise pour « plonger en soi avant de changer l’extérieur », commente Lucas Manganelli, fondateur de Ici Terre. Elle pratique l’agriculture urbaine, sous forme de jardins pédagogiques ou tours à légumes dans des bacs superposés. L’association cultive enfin l’art du recyclage. Et le projet de mur comestible, qu’Ici Terre vient de lancer, réunit tout cela dans des alvéoles hexagonales à accrocher dans sa cuisine pour cultiver des micropousses et composer un très beau mur comestible.

Les petites boites d’Ici Terre sont faites de plastique récupéré et fondu. Douze bouteilles sont nécessaires pour fabriquer une alvéole. Il faut les remplir d’un mélange de terreau, marc de café et compost, y semer des graines de tournesol, coriandre ou betterave et regarder pousser, ce qui est un exercice de méditation en soi. Au bout de deux à quatre semaines, quand le cotylédon (la première paire de feuilles) apparaît, il ne reste qu’à couper les jeunes pousses pleines de saveurs et de nutriments pour se régaler en les ajoutant à des salades, des tartines, des smoothies…

Autonomie alimentaire

Ces alvéoles récup’ sont en prévente via une campagne de financement participatif (à partir de 30 € le bac, sans les frais de port). Avec l’argent collecté, Ici Terre investira notamment dans un broyeur plastique et des imprimantes 3D pour fabriquer les bacs à micropousses. L’association espère créer, grâce à ce projet, plusieurs emplois pour des personnes en grande exclusion. « Tout le monde peut se rendre responsable d’une partie de sa production », souligne Lucas Manganelli. Car, l’air de rien, faire pousser ces petites graines dans sa cuisine est un acte éminemment politique d'autonomie alimentaire.