Dossier

On a rencontré… la directrice de Zero Waste France

©Camille Dufétel/ID

Flore Berlingen, la directrice de Zero Waste France, s’est entretenue avec ID sur les solutions pour donner une seconde vie à ses biens et réduire ainsi ses déchets.

La directrice de Zero Waste France estime que les solutions pour faire revivre nos objets passent aussi par une réflexion en amont sur nos actes d’achat.

Qu’est-ce que Zero Waste France, quelle est sa vocation ?

Zero Waste France c’est une association de protection de l’environnement qui a été fondée il y a 20 ans pour militer pour la réduction des déchets. A ce moment-là, il y avait vraiment une situation de crise environnementale et sanitaire autour de la question des incinérateurs et des décharges en France, qui étaient à peine contrôlés. Il était urgent d’agir pour dénoncer cette problématique et c’est ce qui a principalement occupé l’association les premières années. De fil en aiguille, évidemment, il a fallu travailler sur l’amont : à partir du moment où l’on dit qu’il faut arrêter avec l’incinération et la mise en décharge, il faut pouvoir dire ce que l’on fait à la place. Nous en sommes donc venus à travailler de plus en plus sur la réduction des déchets à la source comme seule solution durable.

Où en est le rapport des Français avec cette problématique de réduction des déchets ? Le chemin vers la conscientisation est-il encore long ?

C’est le verre à moitié vide ou à moitié plein. Evidemment le chemin à parcourir est encore très important, mais les choses ont quand-même beaucoup bougé : il y a 20 ans, nous n’étions même pas conscients qu’il y avait un problème de déchets. Aujourd’hui, a priori c’est un problème pris en compte par les pouvoirs publics et même par les citoyens. L’ennui c’est que pour l’instant ces différents acteurs se disent : « Oui les déchets sont un problème, donc il faut trier et recycler ». Mais nous on voudrait qu’il y ait une étape supplémentaire qui soit : « Donc il faut réduire ». Parce que trier et recycler, ça ne suffira pas, ça permet de gagner un peu de temps, mais pas de solutionner durablement le problème. Nous pouvons donc regretter que ça n’aille pas plus vite mais aussi se réjouir que maintenant ça avance, par rapport à une période où ça n’avançait pas du tout. Il faut se focaliser sur toutes les solutions accessibles, disponibles, testées et approuvées et qui ne sont pas suffisamment utilisées.

Parmi celles-ci, le réflexe de réparer et de revaloriser ses objets plutôt que de les racheter ?

On peut regarder les choses qui sont jetées et qui auraient pu avoir une seconde vie, mais on peut aussi à l’inverse questionner l’acte d’achat, pas juste la fin de vie : car évidemment les deux sont liés. Il ne faut pas seulement trouver une solution de fin de vie aux objets dont on veut se débarrasser, il faut aussi regarder l’amont. Si on essaie d’utiliser ce réflexe nouveau qui consiste à se dire : « Ai-je vraiment besoin de racheter un produit neuf ? Est-ce que je ne peux pas me tourner vers l’occasion, le prêt, la réparation, la mutualisation ? », si on arrive à développer toutes ces alternatives, de fait, le réemploi va s’alimenter automatiquement. Aujourd’hui ce n’est plus un sacrifice d’acheter d’occasion : sur tout un tas de plateformes on va retrouver une garantie de six mois, un an, parfois deux et un service après-vente, donc le même niveau de service que si c’était du neuf.

Mais quand il est trop tard et que ce réflexe lors de l’achat n’a pas eu lieu, comment envisager la deuxième vie de ses biens ?

Là c’est la question de l’accessibilité des solutions de seconde vie. En se creusant la tête et en y passant du temps, on trouve toujours le magasin Emmaüs ou l’endroit où déposer son objet : le problème, c’est que c’est souvent le parcours du combattant. J’ai l’impression que le frein principal au fait de donner une seconde vie à ses biens, c’est que ce soit plus compliqué que de les mettre à la poubelle. Je pense qu’il y a une problématique de maillage, d’accessibilité, de trouver l’information pour savoir quoi faire de ses objets.

Pour le moment, comment le consommateur peut-il la trouver, cette information ?

Souvent il va faire une recherche Google pour trouver une donnée, certaines collectivités diffusent leur guide ou annuaire local du réemploi et de la réparation, c’est intéressant et utile. Mais il faut aussi peut-être se poser la question à l’envers et se demander où les gens vont spontanément quand ils ont un objet dont ils ne veulent plus : la déchèterie, pour l’endroit physique, et Le Bon Coin. Cela s’est tellement démocratisé que c’est devenu un réflexe pour trouver un objet ou s’en débarrasser, dès que ça a un peu de valeur. Pour Le Bon Coin, ça se fait spontanément mais côté déchèterie, il y a encore du travail à faire au niveau des collectivités pour que ça devienne non pas des lieux de dépôt de déchets mais aussi des lieux de dépôt d’objets. Aujourd’hui tout ce qu’on y dépose finit dans une benne et ne sera jamais récupéré, sauf dans certaines déchèteries qui ont mis en place des espaces de réemploi. Mais si l’espace réemploi est perdu au fond à droite et qu’on l’aperçoit une fois qu’on a tout mis dans la benne, c’est raté. C’est une question d’aménagement, de design des déchèteries. C’est bien de partir du constat que les gens vont là, qu’ils ont cette habitude et que c’est cet endroit qu’il faut transformer, comme pour le Smicval Market par exemple [ndlr : un nouveau type de déchèterie/supermarché inversé proche de Bordeaux, où les gens peuvent venir déposer et prendre des objets.]

Et les solutions pour réparer, comme les Repair Café, trouvez-vous qu’elles se développent ?

Les Repair Café c’est très récent, ça doit exister depuis 4 ou 5 ans maximum, ça s’est développé à une vitesse assez fulgurante : il y a ce côté transmission de connaissances et ré-appropriation de savoirs un peu oubliés et ça crée du lien social, ce sont des lieux de rencontres. Je pense que c’est essentiel et complémentaire de l’offre professionnelle de réparation qu’il faut aussi continuer à soutenir, car tout le monde n’a pas envie de passer du temps à apprendre à réparer : ça cible un autre type de personnes. C’est un secteur en crise depuis beaucoup d’années mais il y a de nouvelles initiatives entrepreneuriales, ça frémit un peu et c’est de bon augure. Un réseau comme ENVIE, présent dans le réemploi et qui se lance avec une offre de réparation, c’est un très bon signal : ça veut dire qu’ils ont identifié qu’il y avait une demande pour la réparation à domicile.

Pourquoi est-ce important d’avoir ces réflexes de réparation et de revalorisation, qui permettront ensuite de faire réutiliser ou de réutiliser soi-même ses biens ?

Pas seulement pour les conséquences environnementales liées au traitement des déchets mais aussi et surtout parce que ce n’est pas viable au niveau des ressources. Lors du lancement de la feuille de route nationale sur l'économie circulaire il y a quelques semaines, le directeur de l'ADEME rappelait que chaque Français consomme à peu près 15 tonnes de ressources par an. Pour qu’on soit dans une consommation à peu près soutenable, il faudrait qu’on soit à cinq tonnes. Comment divise-t-on cela par trois ? Il faut entre autres réfléchir à ses achats : derrière chaque achat de produit neuf, c’est une extraction de minerais, de matières premières diverses et variées, ces 15 tonnes-là viennent en partie de nos achats de produits neufs.

#TousActeurs
Avec cette promesse, ID innove et permet de médiatiser des solutions accessibles à tous pour une société plus durable; un monde où s'informer revient à agir, où chaque information amène à des solutions concrètes. A vous de choisir !
A lire aussi
Poster un commentaire
Vous devez être connecté pour poster un commentaire.
Déjà membre ? Je me connecte.
Je ne suis pas encore membre, Je crée mon compte.