Energie

Produire et consommer sa propre électricité : le bon plan ?

Flickr - Micolo J Thanx

Avec la transition écologique, l'énergie aussi se met aux circuits courts ! Grâce aux installations photovoltaïques toujours moins chères, produire et consommer ses propres électrons devient économique.

Aujourd'hui en France, moins de 0,1 % des consommateurs pratiquent l'autoconsommation. « Cultiver » son carré photovoltaïque est donc un épiphénomène. Mais c'est aussi une révolution dans les starting blocks ! Alors qu'elle n'existait ni dans le droit ni dans les faits avant la loi de transition énergétique d'août 2015, l'« électricité potagère » est en passe de devenir la source d'énergie la moins chère. Et autour du panneau photovoltaïque, c'est tout un écosystème qui est en train de se réinventer.

Alignement des planètes

L'alignement des planètes résulte de plusieurs facteurs : d'un côté, la hausse continue des tarifs réglementés d'EDF (+ 37% en 10 ans), de l'autre la baisse vertigineuse du coût des installations solaires, divisé par trois depuis 2010. Autre facteur d'économies : un électron autoconsommé est un électron « hors taxe », c'est à dire épargné par les redevances et autres coûts d'acheminement qui aboutissent à doubler notre facture d'électricité. Enfin, depuis le mois de mai dernier, le gouvernement a mis en place une grille de subventions plutôt incitative associant une prime à l'installation de panneaux solaires pouvant aller jusqu'à 15 % du coût total et un tarif d'achat légèrement bonifié pour les électrons non consommés et réinjectés sur le réseau.

Le solaire autoconsommé est déjà moins cher pour les professionnels

Feu aux poudres ? L'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) entrevoit en tout cas un « fort potentiel de croissance » pour l'autoconsommation et des « bénéfices réels » à tous les niveaux. Sur nos toits, le gisement est énorme, facilement exploitable et à proximité directe des consommateurs. Et en évitant le transport d'électrons sur le réseau, l'autoconsommation réduit potentiellement les besoins de renforcement et les coûts associés : une économie pour toute la collectivité.

Selon l'Ademe, l'autoconsommation est une opportunité « dès aujourd’hui », en particulier pour certains professionnels. En effet, les secteurs tertiaire, agricole et industriel ont des besoins de consommation synchonisés avec la production photovoltaïque ce qui leur permet d'atteindre des taux d'autoconsommation élevés et de rentabiliser rapidement leur installation (7 à 10 ans). Après quoi, chaque électron autoconsommé est une économie sur la facture finale d'énergie. « Dans certaines régions, les toitures professionnelles n'ont plus vraiment besoin de subventions. Cela fait déjà sens pour les entrepreneurs d'un point de vue strictement économique », assure David Marchal,  directeur adjoint productions et énergies durables de l'Agence. Les acteurs de la grande distribution ne s'y trompent pas : Casino, Leclerc ou encore Ikea sont déjà engagés dans une politique de recouvrement de leur cinquièmes façades.

Forte attente dans le résidentiel

« Dans le segment résidentiel, l'adéquation entre la consommation du foyer et la production des panneaux solaires est moindre a priori mais le désir de nombreux citoyens de se réapproprier une partie de leur énergie l'emporte sur les calculs économiques », reconnaît David Marchal. Dans la dernière édition du Baromètre « Les Français et l'environnement », l'Ademe révélait ainsi que plus de 60 % des ménages interrogés sont intéressés à autoconsommer leur électricité « même si elle coûte un peu plus cher ».
A fin 2017, le syndicat des professionnels du solaire, Enerplan, comptabilise entre 30 et 40 000 installations résidentielles en autoconsommation, dont la moitié concerne des constructions neuves. De son côté, le gestionnaire de réseau français, RTE, estime qu'il pourrait y avoir environ quatre millions d’autoconsommateurs d’ici 2035 dans le résidentiel, même si les subventions devaient être supprimées.

Innovations en cascades

Même si le marché est encore tout petit, l'innovation tourne à plein régime pour préparer nos habitations à une toute nouvelle façon de consommer l'électricité. Par exemple, pour mettre nos appareils énergivores au rythme du soleil, l'intelligence artificielle est déjà cruciale. De nombreuses offres commerciales permettent dès aujourd'hui de piloter les lave-vaisselle, lave-linge et autres chauffe-eau grâce aux capteurs connectés et aux algorithmes. Avec la mise en place récente des subventions étatiques, de réelles économies sont envisageables : selon les projections réalisées par le cabinet Sia Partner, l’autoconsommation domestique pourrait permettre de réaliser des économies à hauteur de 19 % de la facture dès la treizième année alors que le matériel est garanti 20 ans ou plus.

« Pour l'instant, l'autoconsommation est encore loin d’avoir un effet systémique sur l’économie du système électrique », concède Richard Loyen, délégué général d'Enerplan. « Nous n'en sommes qu'aux prémisses mais le potentiel disruptif est fort à long terme ». Dès demain, de nouveaux éléments intégreront l'équation comme l'utilisation de voitures électriques, de batteries, l'effacement de certaines consommations ou leur déplacement dicté par des signaux-prix... On vous a dit, c'est une révolution !

Attention aux éco-délinquants...

Les éco-délinquants sont des entrepreneurs peu scrupuleux qui arnaquent les clients en leur vendant des équipements d'énergies renouvelables inadaptés à leurs besoins. Pour tenter d'enrayer la recrudescence d'offres malhonnêtes, l'Etat a conditionné l'obtention des subventions au recours à des professionnels qualifiés RGE (reconnu garant de l'environnement). Le syndicat Enerplan recommande de se rentre sur le site QualiPV pour s'assurer de la qualification des professionnels.

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Commentaires
Par Christophe Brun - le 13/02/2018

Il existe des possibilités de produire sa propre énergie solaire sans avoir à investir. Des solutions existent pour les professionnels (ex : http://www.ellybox.com), pour les particuliers, je ne sais pas

Par Anne-Claire Poirier - le 14/02/2018

Je ne suis pas sûre qu'il existe des offres commerciales proposant du tiers-investissement d'installations solaire. En revanche, il existe au niveau local des projets citoyens comme Vercors Soleil permettant de mutualiser les coûts entre les villageois : certains louent leur toit, d'autres contribuent financièrement à l'installation des panneaux solaires et la vente de l'énergie solaire à EDF (il ne s'agit pas d'autoconsommation ici) bénéficient à tous...

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